‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 169 sur 241 · LA FILEUSE A LA FENÊTRE · texte numérisé non relu

LA FILEUSE A LA FENÊTRE

C'était là que, le front tout nimbé de lumière, Cependant que le lin séchait aux soliveaux, Elle filait, filait ses écheveaux, Mon aïeule, la belle et robuste fermière.

C'était dans l'embrasure du châssis

Qui donne sur la route attirante et lointaine,

Bordée à l'infini de charmille hautaine,

Et dans la chaise où tant des miens se sont assis,

Qu'elle filait. Au sein de la maison rustique Elle régnait. Son front s'auréolait de jour,

Et son visage avait des rayons tout autour,

Comme les fronts de saints dans un vitrail antique. . .

L'amour fait les fronts radieux.

Plus blanche que la laine en sa pâleur dormante,

Plus douce que le lin était son âme aimante,

Et des flammes d'orgueil palpitaient dans ses yeux . . .

Comme la femme dont nous parle l'Evangile, Elle semait du lin, élevait des brebis, Fauchait les épis mûrs et cousait des habits, Et le rouet tournait sous sa main très agile . . .

Et des enfants nombreux jouaient à ses côtés, ■ — Robustesse de fils, grâce blonde de fille — Elle était jeune femme et mère de famille; Comme une vigne rose où croissent les étés!. . .

Et la fileuse ancienne

— Rou, rou, filons la laine! —

Disait à son rouet :

((Voici le jour, n'es-tu pas prêt ?

(( — Rou, rou, rou, rou, filons la laine! —

«Dans un grand chemin non battu, «Où l'hiver grondera peut-être, «Mon homme ira bûcher le hêtre :

«Il faudra qu'il soit bien vêtu. . .

«Déjà l'automne à perdre haleine

« — Rou, rou, filons la laine! —

«Souffle sur le champ refroidi,

«Et le vieux sol est engourdi . . .

« — Rou, rou, rou, rou, filons la laine! —

«Hélas! en tends- tu par moments «Grincer les portes de l'étable, «Et le nordais si redoutable «Courir dans les ravalements ?. . .

Page 1