IL ÉTAIT UN JARDIN
Il fait clair tard ce soir.
La nuit s'est accrochée à une étoile qui file
Et les hirondelles, deux par deux,
Font de grandes lignes noires
Sur ce vaste reste de jour.
L'air est à la rêverie Et mon âme à la peine
En suivant la route progressive des souvenirs Qui surgissent de tous les coins de ce jardin Où je viens m'accouder comme devant une estampe A laquelle la nature aurait mis un vieux cadre.
Rien n'est changé des choses anciennes
Et je touche abondamment au passé
En revoyant la coquette maison,
Les pommiers et les pommes vermillonnées,
Les belles grappes de raisin bleu . . .
Le puits tout seul et tout petit
Dont l'eau verte et lisse a un goût de grenadine!
Les fleurs ont les mêmes parfums aigus
Que je bois à grandes lampées:
Les fougères souples comme des plumes. . .
Des oiseaux se désaltèrent aux étangs de pluie.
Viens ! Sous les ombrages lents et las,
Je pincerai de la lyre
Et tu t'endormiras sur mon bras odorant, En écoutant des fables mystérieuses Et bien autre chose encore, Sous les ombrages las et lents.
(Opales)