‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 181 sur 241 · IL ÉTAIT UN JARDIN · texte numérisé non relu

IL ÉTAIT UN JARDIN

Il fait clair tard ce soir.

La nuit s'est accrochée à une étoile qui file

Et les hirondelles, deux par deux,

Font de grandes lignes noires

Sur ce vaste reste de jour.

L'air est à la rêverie Et mon âme à la peine

En suivant la route progressive des souvenirs Qui surgissent de tous les coins de ce jardin Où je viens m'accouder comme devant une estampe A laquelle la nature aurait mis un vieux cadre.

Rien n'est changé des choses anciennes

Et je touche abondamment au passé

En revoyant la coquette maison,

Les pommiers et les pommes vermillonnées,

Les belles grappes de raisin bleu . . .

Le puits tout seul et tout petit

Dont l'eau verte et lisse a un goût de grenadine!

Les fleurs ont les mêmes parfums aigus

Que je bois à grandes lampées:

Les fougères souples comme des plumes. . .

Des oiseaux se désaltèrent aux étangs de pluie.

Viens ! Sous les ombrages lents et las,

Je pincerai de la lyre

Et tu t'endormiras sur mon bras odorant, En écoutant des fables mystérieuses Et bien autre chose encore, Sous les ombrages las et lents.

(Opales)

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