CHANSON
Au vent de l'aube, en chaloupe, sur la rivière, [ah! que la vie est triste et que l'espoir est fou!] au vent de l'aube, dans ma pipe de Bavière j'ai fumé, puis j'ai bu du gin à petits coups.
Le courant m'emportait doucement vers la chute, [ah ! que la vie est triste et que l'espoir est fou!] le courant m'emportait; aux bords c'étaient les flûtes qui servent aux oiseaux, les matins clairs et doux.
Le soleil surgissant avait l'air d'une mitre, [ah! que la vie est triste et que l'espoir est fou!] le soleil magicien mettait de l'or aux vitres, je filais au moulin dont j'entendais la roue. . .
Puisque ma bien-aimée ironique et morose lah! que la vie est triste et que l'espoir est fou!] a piétiné mon cœur et s'est ri de la rose que je lui ai donnée au premier rendez-vous,
Je fermerai les yeux pour ne plus voir l'aurore, [ah! que la vie est triste et que l'espoir est fou!| j'irai vers le rapide effrayant et sonore, et l'on me trouvera demain sur les cailloux. . .
Hermas Bastien
BIBLIOGRAPHIE. — Les Eaux grises, vers (Montréal, Imprimerie du Devoir, 1919). En prose: Les Energies rédemptrices (Montréal, Bibliothèque de /'Action française, 1923); — Essai sur la Psychologie religieuse de William James, thèse de doctorat en philosophie (hors commerce); — Itinéraires philosophiques (Montréal, Librairie (/'Action canadienne-française, 1929); — La Défense de l'Intelligence (Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1932); — Témoignages, Études et profils littéraires (Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1933).
M. Hermas Bastien est né à Montréal, le 4 mai 1897 . Élève des Sulpiciens, puis des Jésuites, à Montréal, il fit quelques années du journalisme et étudia le droit. Il a collaboré à /'Action française, à la Revue nationale, à la Revue dominicaine. Docteur en philosophie, il est professeur d'histoire de la philosophie à V Université de Montréal et professeur de langues classiques. S'il lui arrive d'écrire maintenant des vers, il semble avoir déserté la poésie. Ses ouvrages en prose indiquent des préoccupations philosophiques. Cependant, il y a en tout métaphysicien un poète qui a perdu sa vocation . . . mais qui peut la retrouver.