HERMAS BASTIEN
La mousse enrobe encor, brodeuse infatigable, Les fûts des cerisiers, des frênes, des bouleaux, Qui croisent au soleil leurs branches innombrables. La vrille a perforé l'écorce des érables, Dont s'élèvent au ciel les gothiques rameaux.
Oh ! que de chants bénis sur son clavier de feuilles Entonne la forêt au lever du matin :
Joyeux refrains d'amour par lesquels on accueille Le poète songeur dont l'âme qui s'endeuille Attend le pur baiser d'un soleil argentin.
O trembles ! quels pensers absorbent vos silences ? Les gestes délicats de vos torses menus Revêtent aujourd'hui l'attitude des lances. Lorsque la brise aux mains pieuses vous balance, Il semble que j'entends des soupirs contenus:
«Notre ami, comprends-nous, chuchota leur verdure, «Toi dont parfois notre ombre a veillé le sommeil, «Et puise en la forêt un courage qui dure, «Où le tourment de vivre en extases s'épure «Comme un ciel nuageux par un coucher vermeil.»
Mon âme dans la paix du bois se plonge, entière,
Mêlant tous ses désirs à son susurrement.
O la félicité de se sentir lumière. . .
Elle vêt le manteau de sa candeur première
Et se repose sous un tremble, exquisement.
{Les Eaux grises)
Paul Gouin
BIBLIOGRAPHIE. — MédaiJIes anciennes, poésies, avec dessins de Jean Palardy (Monlréal, Éditions du Mercure, 1927), En préparation. — Un roman.
M. Paul Gouin est né à Montréal, le 20 mai 1898. A fait ses études primaires au Jardin de V Enfance, ses études classiques au Séminaire de Québec, ses études de droit aux Universités de Montréal et Laval de Québec. Avocat, il fait aujourd'hui partie de l'étude légale Cormier, Gouin et Demers, après avoir fait autrefois de l'édition avec Louis Carrier. Collabore de temps à autre au Canada quand son inspiration, ((très capricieuse)), nous assure-t-il, le lui permet.
M. Paul Gouin était fils de sir Lomer Gouin qui joua un rôle prépondérant dans la politique canadienne, et petit-fils, par sa mère, du premier Honoré Mercier.
((Ces jolies et curieuses Médailles sont l'œuvre collective d'au moins trois arts et une science, et offrent, par suite, un intérêt complexe. L'histoire, notre histoire nationale, a fourni le métal où elles sont frappées. La poésie, le dessin, l'art typographique, ont contribué à leurs reliefs, à leurs lignes et, sans détruire leur unité, les agrémentent et les varient. C'est donc par leur effet d'ensemble, par leur caractère total qu'il faut les juger tout d'abord, et, à ce point de vue, elles sont d'un charme délicat pour l'esprit comme pour le sens esthétique. A feuilleter ces pages où alternent des extraits de nos vieilles chroniques, des vers originaux, des dessins d'une naïveté habile, et que revêt la touche experte de l'éditeur Carrier, on s'instruit et on se délecte, sans trop chercher à faire la part de chaque appoint. On découvre pourtant bientôt l'existence d'une pensée maîtresse que tous ces efforts ont servie, et l'éloge s'oriente vers le primitif architecte. Ce sont, en fait, l'érudition, le tact artistique, le talent lyrique de Paul Gouin que révèle surtout ce volume. Ce défilé de faits peu connus, d'anecdotes piquantes, de personnages placés dans une lumière neuve, que décorent le fusain, la lettre et la rime, il l'a conçu et dirigé, il en a aéé les costumes)). (Louis Dantin, Poètes de l'Amérique française)