‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 211 sur 241 · SI TU PARLAIS, LA LUNE · texte numérisé non relu

SI TU PARLAIS, LA LUNE

Arrondis sur le lac ta face rubiconde,

Ris, la lune blafarde, mais ne dis pas pourquoi :

Garde-toi d'avouer, joyeuse vagabonde,

Ce que tu penses de ce monde;

Cache-nous la pitié des choses que tu vois.

Les illusionnés t'en content, des fadaises! Gais fantoches, hâbleurs et burlesques pierrots. Mais tous les songe-creux sur qui ton regard pèse Te regardent bien mal à l'aise :

Aussi muets que toi, ils espèrent un mot.

Si tu parlais un soir, quel serait ton langage, Exaspérante lune au mutisme troublant ?

En te mirant au lac, ris-tu de ton image Où les rides de ton visage Feraient pleurer tes yeux si tu ne riais tant!

JOVETTE-ALICE BERNIER

As-tu jadis aimé aux premiers temps du monde, Quand tout se confondait en immense chaos ? Un astre n'a-t-il pas choisi ta beauté blonde Pour en faire jalouse l'onde ?

Es-tu femme fidèle ou légère, là-haut ?

Les étoiles, alors, seraient-elles tes filles ?

Ou, c'est ta cour peut-être. . .et reine, où est ton roi ?

As- tu toujours été si blonde et si gentille ?

Et ce pan de ciel qui t'habille,

Quel amant l'a drapé si près de ton minois ?

As- tu jamais pleuré ? regarde-moi, la lune. . . Quand on est amoureuse, on a quelque tourment. Et c'est toujours pareil l'histoire de chacune, Celle des blondes et des brunes . . .

Comme toutes, as-tu ta peine, par moments ?

{Tout n'est pas dit)

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