SI TU PARLAIS, LA LUNE
Arrondis sur le lac ta face rubiconde,
Ris, la lune blafarde, mais ne dis pas pourquoi :
Garde-toi d'avouer, joyeuse vagabonde,
Ce que tu penses de ce monde;
Cache-nous la pitié des choses que tu vois.
Les illusionnés t'en content, des fadaises! Gais fantoches, hâbleurs et burlesques pierrots. Mais tous les songe-creux sur qui ton regard pèse Te regardent bien mal à l'aise :
Aussi muets que toi, ils espèrent un mot.
Si tu parlais un soir, quel serait ton langage, Exaspérante lune au mutisme troublant ?
En te mirant au lac, ris-tu de ton image Où les rides de ton visage Feraient pleurer tes yeux si tu ne riais tant!
JOVETTE-ALICE BERNIER
As-tu jadis aimé aux premiers temps du monde, Quand tout se confondait en immense chaos ? Un astre n'a-t-il pas choisi ta beauté blonde Pour en faire jalouse l'onde ?
Es-tu femme fidèle ou légère, là-haut ?
Les étoiles, alors, seraient-elles tes filles ?
Ou, c'est ta cour peut-être. . .et reine, où est ton roi ?
As- tu toujours été si blonde et si gentille ?
Et ce pan de ciel qui t'habille,
Quel amant l'a drapé si près de ton minois ?
As- tu jamais pleuré ? regarde-moi, la lune. . . Quand on est amoureuse, on a quelque tourment. Et c'est toujours pareil l'histoire de chacune, Celle des blondes et des brunes . . .
Comme toutes, as-tu ta peine, par moments ?
{Tout n'est pas dit)