‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 212 sur 241 · MON ÂME ÉTAIT PAREILLE · texte numérisé non relu

MON ÂME ÉTAIT PAREILLE

Autrefois, je croyais. Mon âme était pareille Au bateau neuf qui dans les rades appareille.

Je me laissais bercer par le flot; je rêvais Des grandes mers que mon sillage étonnerait.

Je voyais au lointain m'attendre les escales; Ma foi n'avait alors que ma fierté d'égale.

Nimbé d'orgueil, il est parti vers l'inconnu Le navire que nul effroi n'eût retenu.

Il a vieilli trop tôt, maintenant c'est un sage Qui ne sursaute plus en pensant au naufrage;

Qui peut, sans s'affoler, partir par un gros temps Ou par un matin clair, sans être plus content.

Un voyage pour lui n'est qu'un ancien voyage; La mer: il a connu ses multiples visages.

De tout ce qu'il apprit et qu'il vécut de vrai, Rien ne ressemble moins au rêve qu'il a fait.

Mon âme est ce navire aux anciennes prouesses, Dans le port où rêva sa première jeunesse.

Navire qui revient sans émoi, qui repart Sans regret, impassible et prêt à tout hasard.

Mon âme résignée à toutes les partances

Qui voit d'un œil pareil la joie ou la navrance.

(Les Masques déchirés)

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