JEANNE GRISÉ
Ton regard sur mon front chercherait le secret Qui figea le sourire à ma lèvre fanée; Tu glisserais ta main dans ma main refermée Et le froid de mon être en tes os passerait.
Alors tu sentirais qu'il n'est plus grande peine Que d'être consumé par une flamme vaine Et que rien ici-bas n'est meilleur que l'amour.
Mais faut-il qu'à jamais mon œil se ferme au jour, Pour que ton cœur naïf, que le désir partage, Sache comprendre enfin quel est son héritage ?
{Médailles de Cire, en préparation)
Simone Routier
BIBLIOGRAPHIE. — L'Immortel Adolescent, poèmes, première édition {Québec, Imprimerie du Soleil, 1928) ; — deuxième édition {Québec, Imprimerie du Soleil, 1929); — Ceux qui^ seront aimés, plaquette de vers, préface de Louis Dantin {Paris, Éditions Pierre Roger, 1931). Én prose: Paris- Amour-Deauville, préface de Gaston Picard {Paris, Éditions Pierre Roger, 1932). Mademoiselle Simone Routier est née à Québec et a fait son éducation chez les Ursulines de cette ville. Elle a pour grand-oncle paternel l'historien national François-Xavier Garneau. Jusqu'en 1928, elle était plutôt connue chez nous comme violoniste. C'est alors qu'elle publia /'Immortel Adolescent dont la deuxième édition devait l'année suivante remporter, ex-aequo avec Poèmes de Mlle Alice Lemieux, le prix David de poésie. Cette année, son volume Ceux qui seront aimés a obtenu la médaille du Lieutenant-gouverneur de notre province.
Depuis deux ans, Mlle Routier occupe une position aux Archives canadiennes de Paris. Elle est correspondante du journal /'Evénenement de Québec, collabore aux revues France- Amérique, Paris- Canada, la Parenthèse, et à la revue d'avant-garde la Bouteille à la Mer.
«Chez Mlle Routier, l'influence de l'esprit régit l'inspiration et son vers est de tous le plus réfléchi et le plus sérieux. Ses attraits, ses caprices, s' enveloppent de pensée subtile, recherchant l'image ingénieuse et ne dédaignant pas un brin de préciosité. Elle aspire à l'amour; mais tout en s'y livrant, elle le surveille et l'analyse, y mêle une curio-
si!é qui l'empêche de flamber en passion troublante. Artiste en plus d'un genre, elle transpose à ses figurines mentales les touches du ciseau dont elle façonna ses marbres; ce n'est pas par larges martellements c'est à coups répétés, soigneux, qu'elle les dégage.)) (Louis Dantin, préface de Ceux qui seront aimés)
Au sujet du même ouvrage, M. Alphonse Desilets écrit dans le Terroir: ((Il renferme de très belles strophes de sentiment, de psychologie et d'analyse où s'accentue le sens artistique de l'auteur et se révèle sa maturité)).
«.Simone Routier chante l'amour, caressant, inquiet ou malheureux, qui se répand en tendres aveux, s' apeuré de l'absence de l'amant, ou souffre au souvenir du bonheur évanoui. Il arrive à ce propos que le vers soit prosaïque, mais, à l'ordinaire, il frémit d'un sentiment chaud ou se pare de grâce exquise)). (Abbé Albert Dandurànd, La Poésie canadienne française)