SIMONE ROUTIER
A l'aurore de mes pensers; Ma jeunesse aux craintes anormales Vous a tous retenus, vous a tous étranglés.
Vous surgissiez frais, fougueux, pleins de sève, Réclamant la vie, attentifs:
J'ai laissé passer l'heure du rêve
Vous broyant à la chaîne, ô véhéments captifs.
O les poèmes!
Les poèmes à jamais perdus:
Noirs, rouges ou blêmes Au crochet de l'oubli, mois, appendus.
Perdus par orgueil, par indifférence,
Par fausse honte, lâcheté ; Par erreur ou doute ou négligence, Par «à quoi bon ?» par peur de l'instabilité.
Vous étiez fervents, lumineux et jeunes,
Vous adoriez tous les désirs, Vous souriez aux falots airs de jeûnes Et vous parliez de Dieu comme de vos plaisirs.
O mes poèmes !
Mes poèmes à jamais perdus:
Noirs, rouges ou blêmes Au crochet de l'oubli, mois, appendus!
Vous auriez fixé ce qu'un être apporte De promesses, aux mains du temps, Et tout ce qu'une implacable porte Peut refouler parfois en un sombre au-dedans.
Vous fûtes — obscure, immuable flamme — Tués dans l'ombre à peine nés, Et souvent je pleure la chère âme De vos visages purs à jamais décharnés.
O les poèmes, Les poèmes à jamais perdus:
Noirs, rouges ou blêmes Au crochet de l'oubli, mois, appendus.
(L' Immortel Adolescent)