‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 230 sur 241 · LA GRÈCE · texte numérisé non relu

LA GRÈCE

Mais voici qu'à mes yeux rayonnaient ces statues

Qu'on dirait près de respirer, Si belles, que la voix des Parques s'en est tue, Si loin de notre espoir que l'âme veut pleurer. Ruche de la pensée aux jours aromatiques! Mère d'un miel si pur, Athène aux clairs sculpteurs, Qu'à jamais semble amer ou barbare ou menteur Tout verbe ayant fleuri hors des lèvres attiques! Et la Grèce, exaltant le passé fabuleux, Fit entendre à mon cœur son cœur miraculeux:

«D'un bloc de marbre blanc, l'éternel statuaire, Le Temps, fit une ébauche humaine. Et le paros, Sentant qu'il naît de lui la forme d'un héros,

Frémit; et les muscles s'accentuèrent, Et l'épaule s'arquait du colossal enfant, Et c'était à la fois Jason, Thésée, Hercule,

Et la légende, en cercle triomphant, Sur lui tourbillonnait au fond du crépuscule. Mais le Temps poursuivait sa tâche. Et lorsqu'un jour, Ayant palpé les bras et la hanche et le torse, Il vit que la beauté rayonnait dans la force, Le sculpteur éternel sur son œuvre d'amour

Souffla — et je marchai parmi les hommes!

J'ai consulté les cieux, j'ai vu ce que nous sommes;

Aux limites du cœur arrêtant le désir,

Je prête aux dieux la forme humaine, glorieuse.

Car dans le temple aux grâces sérieuses

C'est toi qu'il me plaît de servir, O Suprême, ô Beauté, première des premières! Je parle et le mot chante, et si beau de lumière, Que la brise d'argent tissée à même l'air, Ou l'invisible oiseau parmi les feuilles rèches, Ou la harpe fluide ou la fontaine fraîche Détonnent, bruits grossiers, près de mon verbe clair!»

ROBERT CROQUETTE

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