‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 232 sur 241 · RECOMMENCEMENT · texte numérisé non relu

RECOMMENCEMENT

Beauté qui m'as blessé d'une langueur sereine, Nature, floraison de forces souveraines, A toi je viens, tranquille et puissant univers, Du fond le plus troublé de mon âme, à travers

Les chemins raboteux de la souffrance humaine.

Asile, paradis où mon cœur me ramène,

Berceau de toute chose, éden mélodieux,

J'ai délaissé pour toi la maison de mes dieux

Et, tout sanglant encor des batailles livrées,

Je viens avec amour baiser tes mains sacrées.

Hélas! je le vois bien, moi qui n'eus d'horizon

Que les murs sans couleur de la seule raison,

Fils de la ville obscure, et qui grandis en elle,

Je ne sais presque rien de la terre éternelle,

Quand de petits enfants lui parlent dans les champs.

Aussi, je viens plus près de ces milieux touchants,

Je regarde tout bas la nature féconde

Et j'offre ma prière à la beauté du monde.

O la grave douceur d'y prendre un humble coin

Parmi les pins contre le ciel, très loin, très loin!

Ne plus avoir le cœur mangé par ses brûlures,

Ni voir passer les trains aux longues chevelures

Qui font penser toujours qu'on devrait s'en aller !

Je voudrais m'approcher des choses, me mêler

A l'infini, confus balbutiement des branches,

Voir la belle moisson, avec ses larges hanches,

Assise dans la gloire et la sérénité ;

Je voudrais être plein de joie et de clarté,

Vivre en odeur d'amour, avoir à mes paupières

Le soleil de midi qui réchauffe les pierres.

Je voudrais la santé de la chair et du cœur,

Etre bon comme l'arbre où l'oiseau chante en chœur,

Posséder pour tout bien la sagesse première,

Et, puéril, vêtu de divine lumière,

Sans peur de l'avenir, sans plainte du moment,

Porter au ciel des yeux la paix du firmament.

Il faut briser alors — sans haine et sans colère — Ce que l'effort humain, pénible, séculaire, A bâti dans mon cœur depuis l'aube des temps. Il faut tuer en moi les mensonges latents, Les légendes, les préjugés, les craintes vaines Que le sang des aïeux a glissés dans mes veines ;

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