‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 241 sur 241 · CLÉMENT MARCHAND · texte numérisé non relu

CLÉMENT MARCHAND

CHANSON AMIE Matin d'été. Les prés sont fleuris.

Le firmament ridé de bandelettes blanches ondule, très

haut, par dessus les prés fleuris.

Le juillet ardent s'est levé. . .

Amie, allons boire l'air pur au creux des coupes de verdure.

Oh! qu'ils sont doux les bruits confus, les indistincts susurrements dont la campagne exulte au matin.

D'un gosier clair, les oiselets, — merles et linottes, — vocalisent,

Les cris-cris stridulent, cachés dans les replis du gazon vert.

Et le ruisseau qui cascade sur les cailloux, le ruisselet, de ciel fondu, l'entends-tu bien qui gazouille sous les touffes ?

Amie, allons cueillir des fruits d'azur aux pentes des coteaux.

Oh! que la matinée est odorante et belle. Enveloppés de rayons clairs, nous musardons sur la route. O gué! ma mie. Chantent les merles, courent les brises. Que l'odeur du trèfle rouge se dissolve au baiser du soleil levant.

Allons baigner nos pieds dans l'azur limpide du ruisseau.

Nous franchissons la haie.

Devant nous, le jeune été, par sauts lumineux, bondit,

cheveux au vent, sur les coteaux.

Vois-tu, à la lisière du bois, les enfants des cueillettes,

les enfants hâlés, tapis en boule, sous leur «paille»

à larges bords ? . . .

II pousse des ailes blanches au cœur des marguerites et les fraises ont mûri dans le foin vert.

Ma mie, allons là-haut sur les coteaux, baigner notre front dans le ruisselement des fontaines d'azur.

Douceur imprévue de se retrouver comme autrefois au

cœur de la campagne . . .

L'herbe caresse tes chevilles.

Fourmillement de vie. Les insectes agiles disparaissent dans les sinuosités d'un sol gras.

Et l'ombre des bouleaux oscille.

Et nous passons. Oh ! cette course de santé.

Nous allons dans le matin, la tempe enveloppée de lumières ardentes.

Notre jeunesse est un jet irisé vers l'ouvrier de cette grande nature

Et nous passons. Une fête lumineuse s'éploie en nos cerveaux.

Nous résumons en nous l'enthousiasme fou de l'existence, à cette heure, qui se multiplie et se nuance de mille teintes.

Le matin est en nous. Il réveille en nos poitrines la vie

des générations mortes.

Joie en nos cœurs! L'ardeur juvénile du printemps

chasse l'ennui des horizons intérieurs.

Et notre sang impétueux, pour avoir fermenté loin des

cuves citadines, charrie en nos muscles cette fougue

dont s'armèrent les aïeux.

Jeunesse — Fleur.

Nous sommes les amants blonds.

De loin, le bras lisse des rivières nous accueille. Chantent les merles, courent les brises. Sur la berge. Taillis ombreux. Alcôve de verdure. C'est là, ma mie, que nous écouterons le turlututu des oiseaux et le babil intime de nos deux âmes-sœurs.

(Jeunesse- Fleur, en préparation)

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