LOUIS-JOSEPH FI SET
Phare du voyageur, seule au bord de la dune, Leur chapelle a bravé la ruine commune
Et triomphe du temps !
Comme pour annoncer que l'Eglise de Pierre Jusques au dernier jour bénira de la terre
Les derniers habitants!
Octave Crémazie
BIBLIOGRAPHIE. — Poésies publiées, ainsi que sa correspondance, par L'Institut Canadien de Québec {Québec, 1882).
Octave Crémazie naquit à Québec, le 16 avril 1827. Devenu, au sortir de ses études, V associé de ses deux frères, libraires rue de la Fabrique, il ne tarda pas à faire de leur boutique un établissement d'importance tout à fait exceptionnelle. «.Quel est, écrit à ce sujet l'abbé Casgrain, quel est le citoyen de Québec de 1860 qui ne se rappelle la Librairie Crémazie, rue de la Fabrique, dont la vitrine, tout encombrée de livres frais arrivés de Paris, regardait la caserne des Jésuites, cette autre ruine qui, elle aussi, a disparu sous les coups d'un vandalisme que je ne veux pas qualifier ? C'était le rendez-vous des plus belles intelligences d'alors : l'historien Garneau s'y coudoyait avec le penseur Êtienne Parent; le baron Gauldrée-Boileau, alors consul général de France à Québec, que j'ai revu depuis à Paris, . . . y donnait la main à l'abbé Ferland, pendant que Chauveau feuilletait les Samedis de Pontmartin; J.-C. Taché discourait là à bâtons rompus avec son antagoniste Cauchon; Fréchette et Lemay y venaient lire leurs premiers essais; Gérin-Lajoie avec Alfred Garneau s'y attardait au sortir de la bibliothèque du parlement. Octave Crémazie, accoudé nonchalamment sur une nouvelle édition de Lamartine ou de Sainte-Beuve, tandis que son frère faisait l'article aux clients, jetait à de rares intervalles quelques reparties fines parmi les discussions qui se croisaient autour de lui. Tout au fond de sa librairie s'ouvrait un petit bureau. Cétait le cénacle où il donnait ses audiences intimes. C'est alors, dans ces cercles restreints, que Crémazie s'abandonnait tout entier et qu'il livrait les trésors de son étonnante érudition. Les littératures allemande, espagnole, anglaise, italienne, lui étaient aussi familières que la littérature française; il citait avec une égale facilité Sophocle et le Ramayana, Juvénal et les poètes arabes ou Scandinaves. Il avait étudié jusqu'au sanscrit h) Et, puisque c'est d'un poète qu'il s'agit, il est bien entendu aussi qu'il faisait des vers. Aucune occupation ne lui parut jamais plus digne d'intérêt et, c'est encore son biographe qui nous l'apprend, il oubliait même, à l'occasion, ((d'escompter un billet à la banque pour courir
après une rime qui lui échappait.)) On sait le reste, et comment le public apprit un bon matin {1863) le départ précipité d'Octave Crémazie pour un but inconnu. Réfugié en France, il y serait mort mille fois de misère sans les secours qu'il recevait de ses frères, surtout sans l'active sympathie qu'il éprouva, en plus d'une rencontre, de la part d'une famille française attachée au Canada par de vieux liens, la famille Bossange. Il vécut seize années encore, dévoré de nostalgie, accablé d'angoisse, plus malheureux que les pierres. Il s'éteignit au Havre, en 1879. C'est là que fut enterré, presque en cachette, celui que beaucoup de Canadiens considèrent, encore aujourd'hui, comme «le poète national)) du Canada français. — Depuis 1913, un modeste monument, élevé à la mémoire de Crémazie par des admirateurs, français aussi bien que canadiens, marque dans le cimetière du Havre l'endroit précis de sa tombe. Crémazie a aussi un buste à Montréal, dans le square Saint-Louis.