‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 46 sur 241 · LES BÛCHERONS · texte numérisé non relu

LES BÛCHERONS

Frappez d'estoc ! frappez de taille !

Les troncs aux flancs retentissants !

La forêt vous livre bataille Et porte en ses rameaux puissants Des défis toujours renaissants.

Pauvres gens partis de la ville

Au point du jour, par les grands froids,

Leur tâche ingrate est difficile

Durant l'hiver au fond des bois !

Mais la joyeuse insouciance Ne les quitte pas un instant.

Leur devise est : Dieu ! confiance !

La hache au dos, causant, marchant, La fatigue amène le chant.

Frappez d'estoc ! etc.

Sous les grands pins, dans les clairières, Ou sur les lacs des environs, Par les montagnes, les rivières, Ils sont partout, nos bûcherons.

Le cœur léger d'inquiétudes, Ravageurs comme l'ouragan, Ils parcourent les solitudes Jusqu'aux mers du soleil couchant, Toujours luttant, toujours cherchant.

Frappez d'estoc ! etc.

Conquérants du territoire, La phalange des travailleurs Ouvre des pages à l'histoire Au prix des plus rudes labeurs.

Les coups pleuvent drus en cadence, Sur le pied des arbres géants Qui, traçant une courbe immense, S'affaissent en rebondissant Dans les flots d'un tourbillon blanc.

Frappez d'estoc ! etc.

La nuit les surprend à l'ouvrage, Tel qu'un visiteur importun.

La tempête souffle avec rage :

«Gagnons le rendez- vous commun.»

A la veillée, un ancien conte Des histoires de revenants.

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