FLEURS D'AURORE
Comme au printemps de l'autre année, Au mois des fleurs, après les froids, Par quelque belle matinée, Nous irons encore sous bois.
Nous y verrons les mêmes choses, Le même glorieux réveil, Et les mêmes métamorphoses De tout ce qui vit au soleil, i
Nous y verrons les grands squelettes Des arbres gris ressusciter, Et les yeux clos des violettes A la lumière palpiter.
Sous le clair feuillage vert tendre, Les tourterelles des buissons, Ce jour-là, nous feront entendre Leurs lentes et nobles chansons.
Ensemble nous irons encore Cueillir dans les prés, au matin, De ces bouquets couleur d'aurore Qui fleurent la rose et le thym.
Nous y boirons l'odeur subtile, Les capiteux arômes blonds Que , dans l'air tiède et pur, distille La flore chaude des vallons.
Radieux, secouant le givre Et les frimas de l'an dernier, Nos chers espoirs pourront revivre Au bon vieux soleil printanier.
En attendant que tout renaisse, Que tout aime et revive un jour, Laisse nos rêves, ô jeunesse, S'envoler vers tes bois d'amour!
Chère idylle, tes primevères Éclosent en toute saison ; Elles narguent les froids sévères Et percent la neige à foison.
Éternel renouveau, tes sèves Montent même aux cœurs refroidis Et tes capiteuses fleurs brèves Nous grisent comme au temps jadis.
Oh! oui, nous cueillerons encore, Aussi frais que l'autre matin, Ces fins bouquets couleur d'aurore Qui fleurent la rose et le thym.
(Floraisons matutinales)
ROSES D'A UTOMNE
Aux branches que l'air rouille et que le gel mordoré, Comme par un prodige inouï du soleil, Avec plus de langueur et plus de charme encore, Les roses du parterre ouvrent leur cœur vermeil.
Dans sa corbeille d'or, août cueillit les dernières: Les pétales de pourpre ont jonché le gazon. Mais voici que, soudain, les touffes printanières Embaument les matins de l'arrière saison.
EUDORE ÉVANTUREL
Les bosquets sont ravis, le ciel même s'étonne De voir, sur le rosier qui ne veut pas mourir, Malgré le vent, la pluie et le givre d'automne, Les boutons, tout gonflés d'un sang rouge, fleurir.
En ces fleurs que le soir mélancolique étale, C'est l'âme des printemps fanés qui, pour un jour, Remonte, et de corolle en corolle s'exhale, Comme soupirs de rêve et sourires d'amour.
Tardives floraisons du jardin qui décline, Vous avez la douceur exquise et le parfum Des anciens souvenirs, si doux, malgré l'épine De l'illusion morte et du bonheur défunt.
{Patrie intime)
Eudore Ëvanturel
BIBLIOGRAPHIE. — Premières poésies, avec une préface de Joseph Marmette {Québec, Augustin Côté & Cie, 1878). M. Ëvanturel a collaboré en prose à plusieurs revues et journaux,
M. Eudore Ëvanturel naquit à Québec, au mois de septembre 1854. (Son père, ministre dans le cabinet McDonald-Sicotte, avait joué, sous V Union, un rôle politique assez important.) Il fit ses études, partie au Petit Séminaire de Québec, et partie sous la direction de précepteurs. Nommé, en 1878, à un emploi au Conseil législatif, sous Napoléon Legendre et Faucher de Saint- Maurice, puis destitué peu de temps après, à la chute du ministère Joly, il partit pour les Etats- Unis, où il fut pendant deux ans, à Boston, le secrétaire de V illustre historien Parkman (1878-80). Nous le retrouvons, par la suite, tour à tour rédacteurpropriétaire d'un journal français de Lowell, le Journal du Commerce; délégué de la Province de Québec aux archives de Boston, avec mission d'y établir la collation des Manuscrits relatifs à la Nouvelle-France; délégué de la Province de Québec aux archives de Washington. Rappelé enfin à Québec en 1887, il fut depuis cette date jusqu'à sa mort, survenue le 16 mai 1919, archiviste à la Secrétairerie provinciale.
Après Premières poésies (1878), M. Évanturel, pris tout entier par ses chères archives, ne donna que de rares pièces par-ci par-là.
m ANTHOLOGIE DES POÈTES CANADIENS