‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 61 sur 241 · LES CLOCHES DE LA BASILIQUE · texte numérisé non relu

LES CLOCHES DE LA BASILIQUE

J'écoutais dans la paix du soir, Sous la pâleur du ciel mystique, Les sons pieux que laissaient choir Les cloches de la basilique.

Et j'évoquais au loin leur voix, A la fois grave et triomphale, Quand elles sonnaient autrefois Les angélus de cathédrale,

Au temps heureux, trois fois béni, Où, dès l'aube, souvent ma mère Me retrouvait au pied du lit, Agenouillé sous leur prière.

Combien leur appel familier Charmait alors mon âme éprise, Lorsque j'allais, jeune écolier, M 'asseoir à l'ombre de l'église,

Et que, captif de leur doux son, J'attendais que leur voix se taise, Pour suivre au loin, à l'horizon, L'écho de leur chanson française!

C'est qu'en ce temps déjà lointain, Cloches témoins de tant de choses, Vous me parliez, soir et matin, D'un long passé d'apothéoses,

Et du regret que vous aviez D'un temps de gloire et de conquêtes, Quand, de par le Roy, vous sonniez Vos carillons des jours de fêtes,

Et que gaiement, sur le rocher, Au printemps des jours d'espérance, Vous annonciez, du vieux clocher, Le retour des vaisseaux de France.

(Cité par le Terroir de Québec, janvier 1920)

GONZALVE DESAULNIERS

Gonzalve Desaulniers

BIBLIOGRAPHIE. — Pour la France, poème patriotique {édition de luxe, 10 pages de 9 pouces x 6, Montréal, 1918). Les Bois qui chantent, poèmes, édition de luxe {Montréal, Beauchemin, 1930). M. Desaulniers a aussi collaboré en prose à plusieurs journaux ef

revues.

M. Gonzalve Desaulniers naquit à Saint-Guillaume d'Upton, le 24 juin 1863, d'une vieille famille qui pendant longtemps identifia son nom avec l'histoire de la vallée du Saint-Maurice. De sa profession avocat, il a fait ses études secondaires chez les Jésuites, à Montréal. Joua dans sa jeunesse un rôle politique actif comme propriétaire et rédacteur du National, de Montréal, auquel collaboraient les jeunes libéraux canadiens-français dits avancés. Cette feuille, fondée en 1889, vécut sept années. Tenu à l'écart par les partis à cause de ses vues politiques, M. Desaulniers a depuis une trentaine d'années consacré presque uniquement ses loisirs à la littérature. Élu président du Cercle montréalais de l'Alliance française en 1909, il a été depuis réélu chaque année à ces fonctions, qu'il remplit avec une compétence et un tact parfaits. A été, toute sa vie, un instrument de liaison entre la France et nous. Juge de la Cour Supérieure depuis 1923, officier de la Légion d'Honneur et de l'Instruction publique, membre de la Société Royale du Canada.

Dans la Revue des Deux-Mondes, M. Gustave Lanson a dit beaucoup de bien du poème Pour la France, écrit «à la mémoire de nos morts. » « . . . M. Desaulniers connaît sa langue, mais ne néglige point de la travailler. Il la respecte et respecte en elle ses lecteurs. S'imprégner de son livre, c'est déjà aimer en celui-ci ce qui, dans le génie français, s'appellera éternellement : mesure, équilibre, élégance; et retrouver dans la phrase un jeu adroit des coupes, des cadences, une véritable sécurité prosodique où n'est point oubliée la sécurité grammaticale.» (Maurice Hébert,. . . Et d'un Livre à l'autre)

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