‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 62 sur 241 · LA FILLE DES BOIS · texte numérisé non relu

LA FILLE DES BOIS

Et son cœur fut pris par un guerrier blanc! Quand la bise mord le bouleau tremblant,

Quand la forêt mue, La fille des bois, dans les grands sentiers Toute seule, va, de longs jours entiers,

Par son rêve émue.

Ce fut dans la plaine, au ciel attiédi, Quand la flambe d'or descend du midi,

Que lui vint ce rêve.

Près de son ruisseau le guerrier passa, Et de loin son œil longtemps caressa

Ses pas sur la grève.

Que lui donna-t-elle, au guerrier vaillant ? Les bois pleins de bruits, le flot babillant,

Pourraient nous le dire ; Mais le doux secret lui sera gardé, Car les bois aux flots ont recommandé

De ne pas médire.

Des bruissements d'aile et de chansons Se sont envolés, rieurs, des buissons

Dont l'âme voltige; Et comme le daim, las de l'abreuvoir, Le guerrier s'en fut, sans souci d'avoir

Coupé cette tige.

Les mois et les ans ont passé depuis,

Et la fleur des bois qui n'a plus d'appuis,

Dont l'avenir sombre, Sourit aux oiseaux, dans l'attente encor De la vision qui manque au décor

De sa forêt sombre.

Dans les matins blonds, dans les soirs tombés, Dans le vent qui fait les joncs recourbés

Et l'arbre farouche, On la voit pensive au bord des chemins, Et le lendemain sur les lendemains

Lentement se couche.

De décembre morne à juin triomphant, Quand la sève monte ou l'écorce fend

Au souffle du pôle, Elle dit sa peine aux grands horizons Et marche, oubliant bouvreuils ou bisons,

Son arc sur l'épaule.

GONZALVE DESAULNIERS

Et pourtant, plus d'un chasseur donnerait Ses plus belles peaux d'élan sans regret

Pour un baiser d'elle.

Mais la fière enfant, toute à son passé, Au vieux souvenir jamais effacé

Veut rester fidèle.

Car son cœur fut pris par un guerrier blanc! Quand la bise mord le bouleau tremblant,

Quand la forêt mue, La fille des bois, dans les grands sentiers Toute seule, va, de longs jours entiers,

Par son rêve émue.

{Les Bois qui chantent)

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