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SALUT À LA LANGUE FRANÇAISE

Salut, Langue française, ô langue douce et fière, Qui n'admets dans tes mots que droiture et lumière, Toi qui berçais Ronsard, du Bellay, tes amis, L'hommage à ta beauté vient de tous les pays. L'univers te chérit comme la plus humaine; On te vante, orgueilleux, comme on vante une reine.

Ton génie est loyal et tout harmonieux;

On admire ses lois, ses traits, sous tous les cieux.

Tu ne confines pas au sol qui te vit naître

Les bienfaits du savoir et de l'art de tes maîtres.

Fille d'un peuple bon, tu pris tous les chemins

Pour offrir ta richesse à des frères lointains.

Langue chère aux savants, aux rêveurs, aux mystiques,

Tu créas pour le Beau des formes magnifiques.

Partout, tu sers la Foi, tu répands ses rayons;

Tu sèmes l'idéal au seiu des nations.

C'est toi la belle langue, ô toi qui cours le monde! Mère aux nobles amours, toujours jeune et féconde, Tu peux t'enluminer des plus riches couleurs. Tu sais rire et chanter, tu sais prendre les cœurs, Passer d'un mot léger au mot grave et, discrète, Équilibrer ta grâce en des lignes parfaites. Ton charme est d'être douce et de fuir le heurté, De n'avoir rien de froid, de lourd dans ta beauté. Tu sais te tempérer même aux heures fougueuses; Tu n'accordes d'éclat qu'aux âmes généreuses. Langue qui peux tout dire et qui souffles tout bas De fins sous-entendus en tes tours délicats, Aux plus purs sentiments tu prêtes des nuances; Tu donnes à l'esprit de fines transparences. L'exigeante Raison te trouve sans détours, Limpide comme l'eau, franche comme le jour. Tu veux qu'avec respect et constance on te serve; A tes seuls amoureux ta beauté se réserve . Il faut avec orgueil protéger ton cristal, T'aimer comme Roland aimait sa Durandal.

BIBLIOGRAPHIE. — En vers : La Chanson du passant {Montréal, 1908) ; — La Jonchée nouvelle {Montréal, 1910) ; — Ode au Christ {Montréal, 1910); — Sur les remparts {Québec, 1911); — Les Palais chimériques {Québec, 1912) ; — Les Grimoires [Québec, 1913) ; — Près de la source {Québec, 1014); — Les Sépulcres blanchis

Doucet

LOUIS- JOSEPH DOUCET

{Québec, 1915) ; — Palais d'argile {Québec, 1916) ; — Au vent qui passe {Québec, 1917); — Idylles symboliques {Québec, 1918); — Vers les heures passées {Québec, 1918); — A la Mémoire de Charles Gill, poésie {Québec, 1919); — Palais d'Écorce {Québec, 1922). En prose : Contes du Vieux Temps {Montréal, 1910) ; — Pages d'histoire {Québec, 1914); — Moïse Joessin {Québec, 1918); — Les Campagnards de la Noraye {Québec, 1918); — En prose et vers : Au bord de la Clairière '{Québec, 1917); — Au Fil de l'Heure du gai «Sçavoir» {Montréal, J.-G. Yon, 1924); — Feuilles de chêne et Nénuphais {Montréal, J.-G. Yon, 1926).

M. Louis-Joseph Doucet est né à Lanoraie, le 30 octobre 1874. Ses premières études furent plutôt courtes; élevé à la campagne par des parents rien moins qu'à l'aise, il ne connut guère V école et, tout enfant, s'employa beaucoup plus aux travaux des champs qu'à V étude de l'alphabet ou des quatre règles. A l'âge de quinze ans, cependant, l'ambition lui étant venue de s'instruire, il résolut de quitter le toit paternel pour aller au loin gagner le prix de ses études. Lui-même nous rappelait dans un court bihet, cette période de sa vie:

({Après avoir aidé mon père au labourage de la terre, je commençais à quinze ans à naviguer sur le Saint-Laurent.))

A ce métier, il gagna, en trois ans, $240. lesquels joints aux $100. de l'héritage paternel, lui permirent de faire, au Petit Séminaire de Joliette, des études plus ou moins complètes.

((Depuis ma sortie du collège,)) ajoute M. Doucet, « faisant encore toute espèce de métiers de chien, j'ai été trois ans sans ouvrir un livre. . . J'ai été longtemps agent d'assurances. J'ai même été employé dans un journal — la Patrie — pour y écrire. Je suis marié et père de famille. Et maintenant, j'habite Québec depuis quelques années déjà, comme fonctionnaire. »

((Et je mourrai content des hommes et des femmes, mais plus content des animaux.))

Il occupe actuellement un emploi à la maison J.-G. Yon, à Montréal.

«... Doucet, né à la campagne où il a grandi, savait à peine lire, à vingt ans, quand il est entré au collège. Ses impressions premières se sont nettement gravées en lui; les leçons de la nature n'ont pas été amoindries par les leçons des livres. Le conventionnel et l'apprêté n'ont point détrôné dans son style la spontanéité simple de l'homme des champs. Voilà pourquoi son œuvre se distingue par la chaleur, l'abandon, la franchise. . . Il possède la vision du paysagiste, vision d'ensemble qu'il nous communique, et que nous gardons longtemps après la lecture de son livre. . . La sincérité, l'attendrissement, une franche saveur de terroir et l'abondance sont les qualités maîtresses de ce généreux poète au cœur naïf. Jamais au Canada le sentiment de la nature n'a chanté avec autant de chaleur et de pittoresque.)) (Charles Gill)

« . . .Et si l'on me demandait, maintenant, de quelle école est Louis- Joseph Doucet, je répondrais qu'il n'est d'aucune, sinon de la sienne; et c'est bien ainsi que doit être tout bon poète.)) (Albert Lozeau)

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