‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 78 sur 241 · ALBERT FERLAND · texte numérisé non relu

ALBERT FERLAND

Pour toi mes paysans ne sèment pas la terre. Quand tu presses l'Été de blondir leurs moissons, Généreux, daignent-ils honorer tes chansons ? Poète, le semeur ne se dit pas ton frère.

Au bercement des vers, Poète, endors ta faim. Que la gloire du Rêve ennoblisse ta vie, Proclame qu'elle est belle et grande, ta Patrie, Mais pour toi, mon enfant, je n'aurai pas de pain !

Rêveur, pourquoi m'aimer comme on aime une femme ? Tes yeux se sont mouillés d'avoir vu ma beauté; Pour comprendre ton cœur et vivre ta fierté, Poète, mon enfant, il me faudrait une âme!

Les noms des fiers Aïeux dont l'honneur et la foi Font pensif l'Étranger qui traverse mes plaines, Chante-les, plein d'orgueil, dans tes strophes hautaines; Poète, ces grands Morts ne revivent qu'en toi.

Va, Barde primitif des vierges Laurentides,

Va-t-en pleurer ton cœur comme un fou dans les bois,

Fidèle au souvenir des héros d'autrefois,

Tandis que l'or vainqueur fait les hommes avides!

Poète, mon enfant, tu me chantes en vain.

Je suis la Terre ingrate où rêva Crémazie ;

Célèbre si tu veux ma grave poésie,

Mais pour toi, mon enfant, je n'aurai pas de pain!

{Le Terroir)

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