L'IMMORTELLE ÉTREINTE
Tu dis que l'Amour passe et ne vit qu'un instant, Qu'il est fragile et que trop courte est son étreinte, Qu'il ne fit qu'effleurer ton cœur trop inconstant, Et que sa flamme au moindre souffle s'est éteinte.
Tu vis du souvenir de son corps parfumé, Du regret de n'avoir contenu dans tes veines Qu'un rayon de l'ardeur dont on est consumé: Ses paroles, dis- tu, sont trompeuses et vaines.
Mais pourquoi l'accuser de ne vivre qu'un jour ? C'est toi dont la vieillesse a changé le visage; Les heures sur ton front s'inscrivent tour à tour, Laissant en traits mortels le stigmate de l'âge.
Ne dis pas que l'Amour ne vit qu'un seul instant, Puisque sa flamme, ami, jamais ne s'est éteinte; C'est ton cœur méprisable et toujours inconstant, Qui ne sait mériter son immortelle étreinte.
{La Flamme ardente)
BIBLIOGRAPHIE. — Les Chemins de l'Ame, poèmes (Montréal, Daoust & Tremblay, 1910) ; — La Claire Fontaine, poèmes (Montréal, Beauchemin, 1913); — Chante, Rossignol, chante, poèmes (Beauceville, /'Éclaireur, 1925) ; — Vers la Lumière, poèmes (Montréal, Librairie d'Action canadienne-française, 1931). M. Engiebert Gallèze a collaboré à la Revue canadienne, au Bulletin du Parler français, au Terroir, au Nationaliste.
M. Engiebert Gallèze (Lionel-Englebert Léveillé, dit Gallèze) naquit à Saint-Gabriel-de-Brandon, le 27 novembre 1875. Il fit ses études secondaires au Collège de Joliette et fut admis au barreau en 1907. Attaché pendant quelques années à la rédaction de la Presse, il a repris depuis V exercice de sa profession.
«■M. Engiebert Gallèze est, dans toute V acception du terme, un poète du terroir. Il a longtemps observé les mœurs des paysans canadiens, et son vers est comme vêtu d'étoffe du pays. Ses paysages sont de chez nous seulement; son champ est borné par un horizon de beaux érables.)) Ainsi s'exprimait, en 1910, M. Lozeau, dans une étude sur les Chemins de l'Ame; et il ajoutait: <kA mes yeux, le principal mérite de M. Gallèze, c'est qu'il ne parle que des choses qu'il a vues, qu'il n'exprime que des sentiments qu'il a éprouvés. De là, vérité de son ouvrage.)) De son côté, M. Alphonse Beaur égard écrivait en 1913, à propos de la Claire Fontaine:. . . «J'ai tenu surtout à faire ressortir l'essentiel du livre de M. Léveillé, et cet essentiel est son retour, en esprit, vers la terre natale et sa jeunesse. De son logis en ville, il voit la campagne, /'habitant qui y travaille, la rivière, les gueux passant leur chemin, L'intérieur des maisons, et lui-même à la première période de sa vie. Tout cela, par la distance, se cristallise dans son cerveau, et le meilleur de son œuvre sera probablement d'avoir dépeint les coutumes campagnardes, le langage populaire, les traditions des villages, le visage, enfin, de notre pays ...»
Drelin ! drelin ! drelin ! sur la route poudreuse Que bordent le chardon, le trèfle et le sainfoin, Tel le frisson discret d'une âme douloureuse Courent des sons menus . . . Drelin ! drelin ! drelin !
Drelin! drelin! drelin! Sur chaque fleur champêtre, Sur tout le sable et tous les cailloux du chemin, 1 Sur tous les grains semés, sur tous les petits êtres Qui peuplent le gazon, drelin! drelin! drelin!