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LE BON CURÉ QUI PRÊCHAIT MAL

Honni, hué qui mal y pense !

Moi, sous des torrents d'éloquence Plus fort qu'un mur de Jéricho, Plus fermé, plus sourd à l'écho Des grands tumultes oratoires, Rêveur, j'évoque en ma mémoire Le verbe apaisant, familial, Du bon curé qui prêchait mal.

ENGLEBERT GALLÈZE

Foudre d'obligeance, tonnerre, Il n'avait qu'à monter en chaire Pour qu'aussitôt, jeunes ou vieux, Toute la nef, à qui mieux mieux, Ronflât dans la sainte demeure.

Sa voix, au prône, marquait l'heure Du grand repos dominical . . .

Le bon curé qui prêchait mal.

Sa figure mince et râpée, De pudeur grave enveloppée, Ses rudes labeurs attestait.

Aux yeux des humbles il était, Ailleurs comme à la sacristie, L'image de la modestie Et du dévouement sans égal . . .

Le bon curé qui prêchait mal.

Par les demeures, par les prés Il s'épandait, le bon curé, Aux tristesses qu'on lui dénonce Ayant toujours même réponse:

«Mes enfants, le bon Dieu est bon».

Mais il l' éclairait d'un tel ton, D'un sourire tant amical. . .

Le bon curé qui prêchait mal.

Devant sa justice éternelle, Tôt ou tard, que Jésus m'appelle, Sans frayeur j'attendrai mon sort, Ayant du moins le réconfort D'y savoir arrivé d'avance Le doux pasteur de mon enfance, Le cœur de mon pays natal . . .

Le bon curé qui prêchait mal.

Personne à me prêter main-forte, Du Ciel en atteignant la porte, Pour m'y admettre j'ai soupçon Qu'on fera bien quelque façon.

Riant sous ses grosses lunettes, Surviendra, dans les entrefaites, Posément, d'un air magistral . . .

Le bon curé qui prêchait mal.

Amusé de mon épouvante, Il criera d'une voix tonnante:

«Certes, que je le connais bien, Le plus fou de mes paroissiens.»

Et, pendant qu'en un geste honnête, Saint Pierre tournera la tête, Dira tout bas : «Entre, animal!)). . . Le bon curé qui prêchait mal.

(Vers la Lumière)

Wilfrid Lalonde

BIBLIOGRAPHIE. — Souvenirs de collège, vers de jeunesse (Montréal, 1896).

Sous le nom d'Ajax, M. Wilfrid Lalonde a collaboré au Nationaliste, au Journal de Françoise, au Passe-Temps.

M. Wilfrid Lalonde, né à Sainte- Marthe de Vaudreuil le 12 avril 1876, a été élevé à Rigaud, en face de la montagne. Admis au barreau en 1898 après des études secondaires au Collège Bourget, de Rigaud, et des études professionnelles à V Université de Montréal, il pratique aujourd'hui sa profession à Mont-Laurier (Québec). A ses moments de loisir il cultive, près de ce village, une jolie petite ferme-modèle. Les premiers vers de M. Lalonde ne passeront pas à la postérité, et depuis quelques années il a un peu négligé les Muses; mais certaines pièces qu'il publia en 1906 et 1907, surtout dans le Nationaliste, ont à bon droit attiré l'attention; citons: Le Fou, Ventre affamé, Aux poètes décadents. Comme Arvers, il sera peut-être, devant la postérité, l'homme d'un sonnet.

M. Lalonde est d'ailleurs un modeste. Ce poète avocat et laboureur avait oublié quelques-unes de ses meilleures œuvres : nous avons dû, pour les lui rappeler, les copier à son intention dans les journaux où elles avaient paru.

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