‹ Anthologie des poetes canadiensChapitre 96 sur 241 · LES FUMEURS · texte numérisé non relu

LES FUMEURS

Fidèle témoin d'un autre âge, Je veux leur rendre cet hommage, En l'occurence, connaisseur.

Ils étaient de vaillants fumeurs, Fumeurs stylés, profonds, sincères, Les vieux d'autrefois, chez grand-père, Qui, chaque soir, après souper, Venaient piper.

Le vieux Longpré, le vieux Lasalle, Le vieux Chalut du Pont des dalles, Les vieux Cornellier et Cotnoir, Sur leur seuil du matin au soir, Qu'on voyait, dans tous les principes, Bourrer et rebourrer leurs pipes, De tout le jour ne chômant pas, De bon tabac.

Ils entraient la lèvre bougonne Et, sans un sourire à personne, Allaient, silencieux, tout droit, S'asseoir toujours au même endroit.

Pipe plus que parole en bouche, Gravement ils tiraient leurs touches, Laissant des heures s'écouler, Sans bagouler.

Et, lorsque, tard dans la soirée, Leurs pipes et blagues serrées, Semblant d'un long rêve sortir, Les fumeurs venaient à partir, Grand-père, sur qui l'heure pèse, Disait, s'étirant sur sa chaise, Les mots gentils accoutumés :

«Fumez! Fumez!»

( Vers la Lumière)

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