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LE VIEUX RÂTEAU

Dans le fond d’un grenier, sous des ombres déchues, Mordant un peu de lin jeté sur les entraits,

Le vieux râteau de frêne, aux dents toutes crochues, Comme une main d’avare absorbe ses secrets.

{1 rappelle l’andain fait de: blondes avoines;

Là-bas, près du coteau, non loin des cèdres verts,

A mûri la moisson, son or, son patrimoine,

Depuis les clairs matins jusques aux couehants clairs.

Et le champ était vaste, et la brise était chaude; Il écoutait la faux passer dans le bon grain Avec un souffle ému dans un rayon qui rôde, Poussée à tour de bras comme à force de rein.

Au bout, l'andain fini, l’homme prenait sa pierre : juézin, guézi, guézin, et la faux s’aiguisait.

Alors il râtelait aux mains de la fermière,

Le vieux râteau de frêne, et le bon temps passait.

La nuit, au clair de lune, il dormait dans les herbes, Sous des nids gazouillant dès que l'aube naissait. Puis le soleil bientôt rayonnait dans les gerbes, Le ciel semait sa joie, et le champ grandissait.

Le vieux râteau puisait aux vertus de la terre Qui nous rend au centuple un prêt de quelques mois Car, pour celui qui l’aime, il n’est point de misère :

La terre fournit tout, les vins, le pain, le bois...

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