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164 ANTHOLOGIE DES POÈTES CANADIENS € Et, briche, brouche, moi, je faisais des javelles Que j'aimais et mordais jusqu’à la fin du jour... L'or des paille :rillait au pied des jouvencelles Qui s’appuyai at sur moi pour songer aux amours.
« Et j'entendis un soir : Aimez-moi done, la belle, Aimez-moi done un peu, moi je vous aime tant ! Et la belle riait : — Vous aimer, disait-elle ?
Pas avant l’août, quand les râtenux auront des dents !
« Que de blé je cueillis ! Et j'attends qu'on me cueille;
Car je suis en silence oublié sur l’entrait.
Vieillesse, te voilà, je me meurs, tout s’endeuille: Si l’on me déecrochait, que je râtellerais !...
« Maintes fois, le midi, debout dans la lumière, Je veillais au sommeil des bonnes cruches d’eau Parmi les seigles blonds, [à-bas, à la pinière,
Où se voit la perdrix, où s'entend le corbeau.
«J'ai même gardé seul, avec le chien sans doute, Un doux petit enfant qui souriait aux fleurs. Un cheval est venu, libre, par la grand’route;
Il rôda près de nous, le chien en avait peur.
« Pauvre petit bébé couché sur la fougère !
Le cheval s’approcha, l’œil clair, plein d’ébrouement...
Je le chassai, vlan, vlan! avec le chien derrière : On ne me marche pas plusieurs fois sur les dents !
« Quand le devoir est fait, et bien fait, c'est la vie :
On n’a vu ce cheval que le soir, attelé...
Je suis seul aujourd’hui, sans moissons je m'ennuie. Que l’on n’emploie aux champs, je veux revoir le blé ! »
Le vieux râteau rêvait, quand on vint de la grange : Et la porte s’ouvrit, le grenier s’éclaira
D'une belle lumière, une lumière étrange...
« C’est elle », se dit-il, et la fermière entra.
« Âh ! je revois enfin ia fille de mes maîtres,
L'enfant blond d'autrefois qui courait dans les blés.
Puis vint un vieux, si vieux, que pour le reconnaître Le râtcau dut chercher dans son cerveau troublé.
__ LOUIS-JOSEPH DOUCET
Si maigre ! mais pourtant c'était lui, le grand-père, Samuel Chapdelaine, un des premiers colons :
« Petite, c’est ici qu'est morte ta grand’'mère, C’est là que j'ai tracé les dix premiers sillons.
«Ça, c’est un mancheron d'une de mes charrues. Quand j'ai creusé le puits, ta grand'mère chantait Lt le soleil brillait de même au fond des nues... Avec ce vieux râteau, Maria râtelait.....
« Toi, tu ramasseras cette mousse et ces branches. »
Le râteau râtelait quand la cloche tinta; Il était si content de tant de elartés blanches, Si content, le râteau, qu’enfin il éelata.
L'enfant blond fait un feu des vieux morceaux de frêne Pour éclairer ce soir; le bonhomme s’endort, Et son rêve parcourt une route lointaine...
Sur la mi-nuit la flamme et le vieux étaient morts.
Mais le travail demeure en ses œuvres passées, Nul ne peut effacer ce qui fut une fois;
Dans le creux du mystère où parlent nos pensées, On niera les échos, mais sans tuer la voix !
Cultivons notre terre, aimons toutes ses choses; Aimer le bien qu’on a, c’est rendre grâce à Dieu. Nous retournons au sol après l'instant morose : Aimons les champs de blé que mûrit le ciel bleu !
Les râteaux, comme nous, font la lutte et travaillent : N'’est-il pas juste aussi que nous nous souvenions ? Prisonniers et soldats ont besoin de leur paille,
Toute l'humanité prend sa vie aux sillons !
(Au vent qui passe)