BALLADE DES DENTS D'OR
Quand le temps a brisé la symétrie Des dentures d'ivoire, on veut encor Mettre un rayon à la bouche assombrie.
La scène change, on change le décor...
Comme l'on sait qu'avec la galerie
Le faux qui réussit n’a jamais tort,
On a recours à cette duperie :
Le rutilant sourire des dents d’or.
BENJAMIN MICHAUD
Pour requinquer une face flétrie
A l'orpailleur on prend tout un trésor,
Le métal pur à l'émail se marie,
Et, désormais, bravant les coups du sort, Qu'elle doive être effleurée ou pétrie
Par le plaisir ou la douleur qui mord,
La lèvre aura, soit qu'elle pleure ou rie, Le rutilant sourire des dents d'or.
En attendant que la chair soit meurtrie Au point voulu, le ver, tranquille, dort.
Sûr du festin, il laisse à la carie
Le soin d’user l’homme faible, et le fort...
Que cela doit troubler sa mangerie,
De voir, au fond d'un sombre corridor, Briller soudain, dans la pulpe heudrie,
Le rutilant sourire des dents d'or !