LE GALANT
Dans le rang du Petit-Brâûlé, Ce gaillard si bien attelé C’est quelque monsieur du Grand Monde ?
Non, c'est Pierre à Paul Charpentier, Hier revenu du chantier;
C'est Pierrot qui va voir sa blonde.
Dans son boghei neuf, planté droit, Il trône, content comme un roi,
Un beau sourire sur la bouche :
Baptiste et Joson, ses rivaux,
Ne feront plus tant leurs farauds Avec leurs petites barouches.
Il voit Simonette aux veux bleus Venant à lui la joue en feu, Timide et si douce, lui dire :
« Monsieur Pierrot est toujours bin ? »
Et tendre sa petite main Avec son plus gentil sourire;
Puis, très simple et sans apparats, Venant lui taper sur le bras,
Le bonhomme, toujours aimable :
« Comment est-ce qui va, Pierrot ?
Dépose done ton galureau.
Mets-tu ta jument à l’étable ? »
A l'écurie ou dans la cour, Que le vieux Nicolas toujours Lui donne la meilleure place; Chez Simonette, à peine entré, Qu'il paraisse le préféré,
Les gâs d'en haut, ça les agace.
Pierrot songe orgueilleusement Que Simonette, en ce moment, L'attend à sa fenêtre ouverte; Et piaf ! avec un bruit joyeux, Piaf ! sur le chemin caillouteux, L'emporte sa voiture alerte.