LES MARGUERITES
Ici, partout, encor, encor, Grandes, moyennes ou petites, Les marguerites au cœur d’or !
Les champs sont pleins de marguerites.
Sous le ciel bleu, pâle vitrail, Leurs corolles, à tous offertes, Paraissent des joyaux d’émail Dans le velours des herbes vertes.
Blanche bordure du chemin, Atour virginal de la rive,
Il suffit de tendre la main Pour tenir leur beauté captive.
Elles baignent dans le soleil Leur front avide de lumière, Car il fait un jour sans pareil, Où brille la nature entière.
Leur parfum flotte sous l'azur, Plus discret que tout autre arome, Et c'est comme le souffle pur
De leurs lèvres qui nous embaume.
Dans la clarté de ce beau jour Le poète tendre les cueille:
Pour avoir l'oracle d'amour, La jeune fille les effeuille.
Au sein de leur peuple charmant, Avec une mine farouche,
Quelques bœufs paissent lentement, En remuant leur grosse bouche.
Leur front sous lequel il fait noir
- Nuit triste, aux invincibles voiles, — Les empêche d’apercevoir
Qu'ils foulent aux pieds des étoiles.
(Les Voix champêtres)