‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 161 sur 255 · LE CHIEN · texte numérisé non relu

LE CHIEN

[IL coula sous le ciel une vie exécrable :

Ne vous étonnez pas s’il ne sut croire en rien. Honni, persécuté, follement misérable,

[IL avait renié tout, excepté son chien.

Aussi, chaque matin, voyait-on sur la route Passer et repasser ce duo d'amitié.

On jetait quelquefois au bon chien une croûte, Mais au maître un regard oblique et sans pitié.

Or. il n’enviait pas l'humaine sympathie, Et son cœur ulcéré cherchait l'isolement.

Un soir, le chien mourut, à ses pieds, doucement.

Sombre, et ne pleurant pas sa joie anéantie, 11 dit, le front penché sur son ami perdu :

__ C'est le seul animal qui ne m’ait pas mordu.

LES PAUVRES Ils ne protestent pas, ces tristes chiens battus.

On dit : la pauvreté fait fleurir les vertus. Et comme ils sont naïfs et bons, ils se résignent.

Ils portent les fardeaux les plus vils, les plus lourds. On dit : La pauvreté doit travailler toujours. Et comme ils sont naïfs et bons, ils se résignent.

Se EE ete TL, J.-A. LAPOINTE

Ils ont faim. ils ont froid, ils ont le cœur meurtri. On dit : La pauvreté rend sublime l'esprit.

Et comme ils sont naïfs et bons, ils se résignent.

Enfin, un soir, ils voient la tombe s'entr'ouvrir. On dit : La pauvreté sait dignement mourir.

Et comme ils sont naïfs et bons, ils se résignent.

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