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LES MOINEAUX

Les moineaux n’ont pas peur du froid Comme les faibles hirondelles.

Voyez : dans la neige du toit

Ils font des fleurs avec leurs ailes.

Ils doivent avoir dans le sang Et dans leur vêtement de plume Un feu plus chaud et plus puissant Que celui que l'amour a!" ®.

Dans le vert et dans le g1 sil, Pleins de courage et pleins d'audace, Ils vont, joyeux comme en avril,

Ils vont, petits rois de l’espace.

Pour eux, qu’importent les saisons Et les mouvements de la terre ?

Paix ou tempête aux horizons,

Rien ne change leur caractère.

Ils sont constants dans l'amitié Et ne craignent pas les batailles :

Jamais ils ne crieront : Pitié !

Sous les coups et sous les entailles.

C’est pour la lutte qu'ils sont nés; Ils ignorent la défaillance;

Quand la Mort les a condamnés, La Mort s'émeut à leur vaillance.

Vous avez dit, un soir d'été :

« Aimez-moi, j'ose le permettre; «Je veux, perdant ma liberté.

«A vos dévoñments me soumettre. »

L DATE TN donttiss nur et emmener, je

Mais dès que l'automne eut mûri Le dernier des fruits et mon rêve, Vous disiez déjà, l'air contrit:

« [n'est plus de chant sur la grève. »

Et puis, quand l'hiver fut venu, Quand Noël sonna ses volées, Ma solitude enfin connut

Le tourment des larmes gelées.

J'acceptai sans haine mon sort; Vous aviez droit d'être infidèle :

Les moineaux seuls ont le cœur fort, Vous aviez un cœur d'hirondelle.

Albert Lozeau

BIBLIOGRAPHIE. -— En vers: L'Ame solitaire (Paris, F.-R. de Rudeval, 1907): — Le Miroir des Jours (Montréal, Imprimerie du Devoir, 1912); — Lauriers et feuilles d'érable (Montréal, 1916). — En prose : trois petils recueils de prose sous le titre Billets du soir (première, deurième et troisième séries, Montréal, Imprimerie du Devoir, 1911, 1912 et 1918, respectivement).

EN PRÉPARATION. — Un volume de vers.

M. Lozeau a collaboré au Canada, au Devoir, au Nationaliste et à l'Action.

M. Albert Lozeau est né à Montréal, le 23 juin 1878. Un critique français qui vécut longtemps au Canada, M. Louis Arnould, a dans un livre récent tracé de lui ce portrait : KCe jeune poèle a un avantage sur beaucoup de ses confrires des deux mondes; c'est que, à la manière de nos poètes récemment disparus, Sully Prudhomme et François Coppée, il est un vrai modeste, il est même un humble. Je suis, dit-il, un ignorant. Je n’ai pas d'idées. Je rêve et ne pense pas. J’imagine, je n’observe pas. J'exprime des sentiments que je ressentirais. Il nest parfois arrivé d’en exprimer que j'avais ressentis... Je suis resté neuf ans les pieds à la même hauteur que la tête : ça m'a enseigné l'humilité... De fait, je l'ai pu constater, le fauteuil de ce sympathique infirme. qui continue le martyrologe de la pensée canadienne (Crémazie, Nelligan, Lozeau), est un des centres littéraires les plus attirants de Montréal, — toujours entouré qu'il est, sur le soir, d'amitiés précieuses qui viennent, en ce sanctuaire du cœur et de l'esprit, aviver en commun la flamme de l'idéal,» (Lotis ARrNouLp, Nos Amis les Canadiens)

ALBERT LOZEAU git

Dès 1907, un autre écrivain français qui s'occupa longuement des poèles canadiens, M. ab der Halden, écrivait de M. à l'occasion de l’Ame Solitaire : « C’’st à La longue et cruelle maladie avec laquelle il dut vivre, que nous sommes redevables d'un poète. Ce fut vraiment, comme il le dit lui-même, «la bonne souffrance ». IL lui emprunta une sorte de résignation noble, d'ascétisme stoïque, dont la beauté morale nous émeut quand il la laisse paraître. Il ne nous a point caché, poète subjectif entre tous, le combat de l'esprit net et lucide contre la chair meurtrie, et c’est un des caractères les plus hauts de sa poésie. Mais le stoïcisme de M. Lozeau ne s'étale pas; on le devine plutôt, quand on connaît sa douloureuse histoire... Les livres de Lozeau ignorent le rictus qui enlaid', et la révolte inutile. »

Cilons encore, du même critique, les lignes suivantes, qui ne nous donneront pas une trop imparfaite idée des inspirations ordinaires de M. Lozeau : « Des arbres, de la musique, l'amour de la pénombre, les étoiles familières et la lune, compagne fidèle et fantasque, la neige qui tourbillonne de l'autre côté des vitres, les sourires encore aigris de mars, les promesses de juin, accablant et tardif, la mélancolie splendide des ‘eptembres; l'harmonie qui met du ciel dans tes moelles... Puis la . .algie de la femme, l'admiration chaste presque loujours, et parfois :dente, pour celle à qui tous les vœux du poèle s'adressent. Enfin, un sentiment religieux beaucoup plus moderne que celui de ses confrères, un sentiment religieux traversé d: doutes, rompu d'angoisses, mais d'autant plus poignant... Des pensées qui se formulent à peine et se résorbent en rêveries, des rêveries qui soudain se précisent! en pensées, comme à la lueur d’un éclair surgissant d’un paysage qui, la seconde d'après, s’évanouira dans la nuit : telles sont les inspirations ordinaires de M. Lozeau. » (CHARLES ab der HaLDEN, Nouvelles Études sur la littérature canadienne-française)

M. Charles ab der Halden parlait ici de l'Ame Solitaire (1907). Ajoutons seulement que ces lignes pourraient aussi bien s'appliquer au Miroir des Jours (1912), à cette différence près que l’auteur, dans ce dernier recueil, témoigne d’une habileté technique et d’une perfection de forme encore plus marquées.

Dans Lauriers et feuilles d'érable, M. Lozeau s’est essayé à la poésie patriotique, avec un snceès contesté.

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