LE GIVRE
Mes arbres, ce matin, sont tout couverts de givre; Je ne reconnais plus mon jardin nu d’hier
Et m'étonne de voir, en dépit de l'hiver,
Comme des fleurs d'été dans mes arbres revivre.
Sur leurs troncs nus et noirs, au long de leurs grands bras, Plein de pitié pour ceux que l’aquilon opprime,
Le brouillard de la nuit, en artiste sublime,
A su distribuer des bouquets de frimas.
Immenses bouquets blanes couvrant des nappes blanches, Ils semblent placés ]Jà comme pour un festin.
Et voici que du ciel accourent au jardin
De petits oiseaux blanes se disputant les branches.
Et c’est du blanc partout où se portent les yeux; Le ciel même a coiffé sa plus blanche calotte.
Un reste de brouillard dans l’air encore flotte. C’est le règne du givre éphémère et joyeux.
.. Mais déjà le soleil perce le brouillard dense
Et le pourchasse au loin, de ses dards triomphants. Du givre goutte à goutte il fond les diamants.
Le jardin a repris son ancienne apparence.
Un givre quelquefois tombe ainsi dans ma nuit, Vieux souvenir d'amour que refleurit mon rêve. Mais la réalité bien vite me l’enlève
Et ma vaine chimère avec le jour s'enfuit,
[RSSSTETES