AVERTISSEMENT
Cet ouvrage n'est pas une Anthologie poétique, c'est-àdire une collection des meilleurs morceaux de notre poésie, mais une Anthologie des Poètes, c'est-à-dire une collection des meilleures pièces de chaque poète. Pour en faire une véritable histoire de la poésie canadienne, Jules Fournier avait tenu à y faire figurer, avec des notes biographiques, à la fois ceux qu’on a accoutumé de regarder comme des poètes, qu'ils le soient ou non, et ceux qu'on ne regarde pas ordinairement eomine tels, mais qui le sont : il n’en voulut exelure que ceux qu'on ne tient pas ordinairement pour des poètes et qui, de fait, ne le sont pas.
L'intelligence historique et même critique de l'ouvrage exigeait le respect d'un certain ordre chronologique. D'autre part, l'application de cet ordre aux œuvres prises individuellement, sans égard à leur paternité, eût en grande partie détruit l'intérêt humain que doit présenter une histoire littéraire qui vise précisément à renseigner sur la personne et les mérites respectifs des auteurs. On a done cru sage d'établir une double chronologie : l'une sur la date de naissance des poètes, l’autre sur la date de naissance des œuvres. Sauf pour un ou deux vivants qui ont préféré laisser planer du mystère sur leur identité, la date de naissance des poètes a dans chaque <as pu s'établir aisément. On y a accolé, lorsqu'il y avait lieu, celle de la mort. Quant aux pièces, lersqu'elles proviennent d'un ouvrage daté, ou en a seulement indiqué la provenance, sans fournir d'autres précisions, qui d'ailleurs auraient offert peu d'intérêt; autrement, l’on s’est efforcé
-parfois en vain — de leur assigner dans le temps leur place exacte.
Les plus mauvais poètes du Canada français venant Îles premiers dans l’ordre chronologique, l'Anthologie commence forcément par les plus mauvais vers; et quand nous parlons de mauvais vers.la loyauté nous commande d'avertir qu'il s’agit ici de vers comme probablement jamais autre anthologiste ne fut ni ne sera dans la triste obligation d'en publier. Selon qu'il se proposera d’embrasser
d'un patient regard toute l'évolution de notre production poétique où de s'arrêter à la fleur de cette production, le lecteur, lui, pourra à son gré commencer par le commencement ou par la fin.
En tant que les vivants sont concernés, nous n'esons pas espérer que le plan et l'exécution de cet ouvrage recevront l'approbation unanime des poêtes, gent irascible, Nous leur devons cependant des remerciements publies pour le gracieux empressement qu'ils ont mis à nous fournir les matériaux dont nous avions besoin, et même, en certains cas, ceux dont nous n'avions pas besoin.
Un dernier mot.
Plusieurs poètes Mermet (J. D.) Chauveau (P. J. O.) et quelques autres - se sont rencontrés qui jusqu'à leur mort inclusivement portèrent, à la manière américaine, des initiales au lieu de prénoms. Puisqu'ils attachèrent de leur vivant si peu d'importance à l'attribut prénominal, il leur sera bien égal dans la tombé que nous les baptisions d'office pour l'histoire, Nous avons fait la chose le plus consciencieusement possible, en nous aidant de la tradition. Nous n'avons toutefois pas cru devoir nous reporter aux registres de l'état civil, qui du reste, dans la plupart des eas, auraient tout simplement indiqué une demidouzaine de prénoms au lieu d'un. Si nous avons fait erreur, ce sera une leçon pour ies L. O., les F. L., les J. P.- U.. les J. M. A. et les J. B. T. A. d'aujourd'hui.
Montréal, ce 10 mars 1920.
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