ERNEST MARTEL
C'est le règne du rire amer, et de la rage
De se savoir poète et l’objet du mépris,
De se savoir un cœur et de n'être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage !
Femmes ! je bois à vous qui riez du chemin
Où l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main !
Pendant que tout l’azur s'étoile dans la gloire, Et qu’un hymme s'entonne au renouveau doré, Sur le jour expirant je n’ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire !
Je suis gai ! Je suis gai! Vive le soir de mai ! Je suis follement gai, sans être pourtant ivre!... Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre ? Enfin mon cœur est-il guéri d’avoir aimé ?
Les cloches ont chanté; le vent du soir odore... Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots, Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore, Oh ! si gai, que j'ai peur d’éclater en sanglots ! (Œuvre)
Ernest Martel
Martel a laissé des poésies éparses. Son œuvre, recueillie par M Casimir Hébert, sera publiée prochainement. Il a collaboré au Samedi à la Revue populaire, au Passe-Temps.
Ernest Martel naquit le 18 juin 1882, à Montréal. Il ne fréquenta que l’école primaire. Posant au bohème et au sceptique, comme Bussières de qui il élait l'ami, il s'usa prématurément et mourut de phlisie à l’âge de trente-deux ans (le 28 janvier 1915, à Montréal). Il revint dans ses derniers jours à la foi de son enfance.