LA TERRE
Sombre amas de limon aux entrailles fécondes, Non, tu n’es pas venu d'un geste spontané !
Depuis des milliers d’ans en ton sein fortuné Le germe palpitait et préparait des mondes.
Non, il n’a pas suffi d'un souffle instantané Pour disperser la vie au fond des vastes ondes; Dans le chaos des temps le sperme surmené Modelait la beauté dans les fanges immondes.
Et tu n'as pas fini ton pénible travail, Ronde masse gazeuse au ventre de corail, Que troublent quelquefois les spasmes d’autres astres.
En vain l’on creusera ton grand cœur généreux, Toujours, tu donneras, même dans les désastres, Un baiser d'espérance à l’homme malheureux.