LE RÈGNE DU JUSTE
Assez longtemps régna l’ange du crime, Tremblant et pâle il recule d'horreur : En maudissant il a vu sa victime Se relever forte après le malheur !
O ma patrie !
Terre chérie !
Hepose en paix, Ton ciel sera beau désormais.
Assez longtemps le sceptre tyrannique Pesa sur toi, le martyr du pouvoir; Un jour paraît où la pensée inique Tombe et se brise à j’aspect du devoir !...
O ma patrie !
Terre chérie !
Repose en paix, Ton ciel sera beau désormais.
Le mal fut fait, il en reste des traces, Mais comme l'ombre elles disparaîtront ; De l'ennemi les jalouses menaces N'ajouteront que la honte à son front.
O ma Fratrie !
Terre chérie !
Repose en paix, Ton ciel sera beau désormais
Gloire à Bagot, dont la mâle énergie Sut ramener l'aurore de beaux jours Puisse le ciel en prolongeant sa vie, De douces fleurs en parsemer le cours !
O ma patrie !
Terre chéris !
Repose en paix.
Ton ciel sera beau désormais.
Mais une larme x coulé sur ma lvre...
Chargés de fers gémissent des absents !...
O mon pays ! puissé-je bientôt dire :
« Noble pardon, inspire mes accents.
O ma patrie !
Terre chérie !
Repose en paix, Ton ciel sera beau désormais.
Georges-Etienne Cartier (1814-1873)
BIBLIOGRAPHIE.— En vers: O Canada, mon pays, Ines amours, chanson patriotique. — En prose: Discours de Georges- Étienne Cartier, accompannés de notices pur Joseph Tassé (Montréal, Sénécal & fils, 1893).
Georges-Étienne Cartier naquit à Saint-À ntoine (comté de Chambly), le 6 septembre 1814. Admis au barreau en 1835, il se lançait vers le même temps, à la suile des Papineau, des Viger, des Nelson, dans le mouvement qui devait aboutir à l'insurrection de 1837. D'abord député a parlement de Québec (1848), secrétaire de la Province (1855), puis procureur général du Bas-Canada (1856), il dirigea de concert avec sir John-A. Macdonald, à partir de 1857, tour à tour l’administration Macdonald-Cartier (26 novembre 1857-29 juillet 1858) et l'administralion Cartier-Macdonald (6 août 1858-21 mai 1862). Entre autres œuvres qui employèrent son activilé el son indomptable éneraie, À convient de citer la construction du chemin de fer Intercolonial, la codification des lois du Bas-Canada, et surtout l'abolition de la tenure seigneuriale. Inutile de rappeler ici la part qu'il prit, en 1567, à l'établissement de cette Confédération canadienne dont le nom, dans l'histoire de notre pays, reslera toujours étroitement lié au sien. Cartier mourut à Londres, le 20 mai 1873. Un vaisseau de querre anglais rapporta ses resles à Montréal, où on lui fit de grandioses funérailles. Le Canada lui a fait élever, en 1881. un bronze imposant à l'ombre des édifices parlementaires d'Ottava. Depuis 1914, un autre monument, élevé par souscription nationale sur les flancs du M ont-Royal, à Montréal, ra ppelle aux citoyens de la mélropole canadienne le souvenir du grand homme d'État.
S'appuyant sur une vieille tradition de famille, sir G.-É. Cartier prétendait descendre d'un frère de Jacques Cartier. Des trois enfants qu'il avait eus, un seul vit encore : c’est mademoiselle Hortense Cartier, de Cannes, en France.
Oo CANADA! MON PAYS! MES AMOURS f (1835)
Comme le dit un vieil adage :
Rien n’est si beau que son Pays:
Et de le chanter. c'est l'usage;
ES
Le mien je chante à mes amis. (Bis).
L'étranger voit avee un ail d'envie
Du Saint-Laurent le majestueux cours:
À son aspect le Canadien s’écrie :
O Canada ! mon pays ! mes amours ! (Bis).
Maints ruisseaux, maintes rivières
Arrosent nos fertiles champs:
Et de nos montagnes altières
De loin on voit les longs penchants.
Vallons, coteaux, forêts, chutes. rapides, De tant d'objets est-il plus beau concours ?
Qui n'aimerait tes lars aux eaux limpides ?
O Canada ! mon pays! mes amours !
Les quatre saisons de l’année
Offrent tour à tour leurs attraits.
Le printemps, l'amante enJouée
Revoit ses fleurs, ses verts bosquets.
Le moissonneur, l'été. Joyeux s'apprête A recueillir le fruit de ses labours, Et tout l'automne et tout l'hiver. on fête.
O Canada ! mon pays ! mes amours !
Le Canadien, comme ses pères, Aime à chanter, à s'éraver, Doux, aisé, vif en ses manières, Poli, galant, hospitalier, À son pays il ne fut jamais traître, À l'es lavage il résista toujours; Et sa maxime est la paix, le bien-être Du Canada, son pavs, ses amours.
Chaque pays vante ses belles:
Je crois bien que l’on ne ment pas; Mais nos C'anadienres eomme elles Ont des crâces et des appas.
Chez nous, la belle est aimable. sincère:
D'une Francaise elle a tous les atours, L'air moins coquet, pourtant assez pour plaire. O Canada ! mon pays ! mes amours !
O mon pays ! de la nature
Vraiment tu fus l'enfant chéri:
Mais d’Albion la main parjure En ton sein le trouble à nourri.