LES LABOUREURS
Ne méprisons jamais le sol qui nous vit naître,
Ni l’homme dont les bras pour notre seul bien-être S’usent à force de labeurs,
Ni ces robustes fils ployés sur leurs faucilles,
Ni son modeste toit, ni le chant de ses filles,
Qui reviennent le soir avec les travailleurs.
Ils moissonnent pour nous, et les fruits de leurs peines, Blonds épis, doux trésors des jaunissantes plaines, Blanches et soyeuses toisons.
54 ____ANTHOLOGIE DES POËÊTES CANADIENS Larges troupeaux chassés de leurs oasis vertes, Toutes ces choses-là par eux nous sont offertes, Et c’est avec leur or que nous les leur payons.
Notre avenir est là ! nos champs gardent le germe D’hommes propres à tout, au cœur changeant ou ferme, Prenant un bon ou mauvais pli:
Dirigeons vers le bien leur mâle intelligence, Instruisons-les: savoir, c'est narguer l’indigence, Ex peut-être sauver un peunle de l'oubli.
Il n’est que ce moyen d'atteindre un long bien-être, D’attacher à ce sol fécond qui les vit naître
Les hommes aimant les labeurs, De voir leurs nombreux fils ployés sur leurs faucilles. Et d'entendre, le soir, le doux chant de leurs filles Se mêler à celui des rudes travailleurs.
Antoine Gérin-Lajoie
BIBLIOGRAPHIE.— En vers: Le jeune Latour, tragédie écrite en 184% alors que l’auteur était encore élève au collège de Nicolet (Huston la donne tout entière au tome III de son Répertoire national); — quelques pièces de vers publiées dans la presse du temps, mais dont une seule, Un Canadien errant, a échappé à l'oubli. — En prose: Jean Rivard, roman (1860); -— Catéchisme politique, ou Éléments de droit publie et constitutionnel du Canada, mis à la portée du peuple; — Dix ans en Canada, études sur l'histoire conslilulionnelle du Canada de 1840 à 1850.
Publiciste fécond, Gérin-Lajoie collabora de plus très activement, pendant plusieurs années, à divers journaux et revues, notamment les Soirées canadiennes et le Foyer canadien.
Antoine Gérin-Lajoie naquit à Yamachiche, le 4 août 1824. Après de brillantes études au Collège de Nicolet, il entrait en 1844 à la rédaction de la Minerve, où il resta de longues années. Admis au barreau on 1848, il fut par la suite nommé successivement traducteur à P À ssemblée législative de Québec, puis aide-bibliothécaire au parlement d'Otlawa. Il mourut le } août 1882. Gérin-Lajoie avait été L'un des fondateurs de l'Institut canadien, qui l'élut à plusieurs reprises son président.