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LES MORTS

(Fragment)

Quand le doux rossignol a quitté les bocages, Quand le ciel gris d'automne, amassant ses nuages, Prépare le linceul que l'hiver doit jeter

Sur les champs refroidis, il est un jour austère

Où nos cœurs, oubliant les vsins soins ce la terre, Sur ceux qui ne sont plus aiment à méditer.

C'est le jour où les morts, abandonnant leurs tombes, Comme on voit s'envoler de joyeuses colombes, S'échappent un instant de leurs froides prisons:

En nous apparaissant, ils n’ont rien qui repousse; Leur aspect est rêveur et leur figure est douce,

Et leur œil fixe et ereux n'a pas de trahisons.

66 ANTHOLOGIE DES POÈÊTES CANADIENS Quand ils viennent ainsi, quand leur regard contemple La foule qui pour eux implore dans le temple

La clémence du ciel, un éclair de bonheur,

Pareil au pur raVon qui brille sur l’opale,

Vient errer un instant sur leur front calme et pâle,

Et dans leur cœur glacé verse un peu de chaleur.

Tous les élus du ciel, toutes les âmes saintes,

Qui portent leur fardeau sans murmure et sans plaintes Et marchent tout le jour sous le regard de Dieu, Dorment toute la nuit sous la garde des anges.

Sans que leur œil troublé de visions étranges

Apercoive en rêvant des abîmes de feu:

Tous ceux dont le cœur pur n'écoute sur la terre Que les échos du ciel, qui rendent moins amère La douloureuse voie où l'homme doit marcher, Et, des biens d'’iei-bas reconnaissant le vide, Déroulent leur vertu comme un tapis splendide, Et marchent sur le mal sans jamais le toucher:

Quand les hôtes plaintifs de la cité dolente,

Qu'en un rêve sublime entrevit le vieux Dante, Paraissent parmi nous en ce jour solennel,

Ce n'est que pour ceux-là. Seuls ils peuvent entendre Les secrets de la tombe. Eux seuls savent comprendre Ces pâles mendiants qui demandent le eiel.

Les cantiques sacrés du barde de Solyme, Accompagnant de Job la tristesse sublime.

Au fond du sanctuaire éclatent en sanglots:

Et le son de l'airain, plein de sombres alarmes,

Jette son glas funèbre et demande des larmes

“Pour les spectres errants, nombreux comme les flots.

Donnez donc, en ce jour où l’Église pleurante Fait entendre pour eux une plainte touchante: Pour calmer vos regrets, peut-être vos remords, Donnez, du souvenir ressuseitant la flamme.

Une fleur à la tombe, una prière à l’âme,

Ces doux parfums du ciel qui consolent les morts.

Priez pour vos amis, priez pour votre mère, Qui vous fit d'heureux Jours dans cette vie amère, Pour les parts de vos cœurs dormant dans les tombeaux.

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