II
O grand Meschacébé ! — voyageur taciturne, Bien des fois, au rayon de l'étoile nocturne,
Sur tes bords endormis je suis venu m’asseoir;
Et là, seul et rêveur, perdu sous les grands ormes, J'ai souvent du regard suivi d'étranges formes
Glissant dans les brumes du soir.
Tantôt je croyais voir, sous les vertes arcades, Du fatal De Soto passer les cavalcades En jetant au désert un défi solennel; Tantôt c'était Marquette errant dans la prairie, Impatient d'offrir un monde à sa patrie,
Et des âmes à l'Éternel.
Parfois, sous les taillis, ma prunelle trompée
Croyait voir de La Salle étinceler l’épée,
Et parfois, groupe informe allant je ne sais où,
Devant une humble croix — Ô puissanee magique ! —
De farouches guerriers à l’œil sombre et tragique Passer en pliant le genou !
Et puis, berçant mon âme aux rêves des poètes, J'entrevoyais aussi de blanches silhouettes, Doux fantômes flottant dans le vague des nuits : Atala. Gabriel, Chactas, Évangéline,
Et l'ombre de René, debout sur la colline,
Pleurant ses immortels ennuis.
t j'endormais ainsi mes souvenirs moroses...
Mais de ces visions poétiques et roses ‘elle qui plus souvent venait frapper mon œil, ‘était, passant au loin dans un reflet de gloire, e
1ardi pionnier dont notre jeune histoire Redit le nom avec orgueil.
one nb sé
Jolliet ! Jolliet ! deux siècles de conquêtes,
Deux siècles sans rivaux ont passé sur nos têtes, Depuis l'heure sublime où, de ta propre main, Tu jetas d’un seul trait sur la carte du monde
Ces vastes régions, zone immense et féconde, Futur grenier du genre humain !
Deux siècles sont passés de
Nous fraya le chemin de la terre bénie
Que Dieu fit avee tant de prodigalité,.
Qu'elle garde toujours dans les plis de sa robe,
Pour les déshérités de tous les points du globe, Du pain avee la liberté !
puis que ton génie
Oui, deux siècles ont fui !
N'est plus à! Du progrès Les vestiges derniers d'un p Où le désert dormait grand Et le fleuve asservi courbe Sous l'arche
La solitude vierge
assé qui finit.
it la métropole:
sa large épaule aux piles de granit !
Plus de forêts sans fin : la vapeur les sillonne ! L'astre des jours nouveaux sur tous les L'enfant de la nature est évangélisé:
Le soc du laboureur fertilise la plaine:
Et le surplus doré de sa gerbe trop pleine Nourrit le vieux monde épuisé !
Des plus purs dévoñments merveilleuse semence ! Qui de vous eût Jamais rêvé cette œuvre immense, O Jolliet, et vous. apôtres ingénus, Vaillants soldats de Dieu, sans orgueil et sans crainte, Qui portiez le flambeau de la vérité sainte
Dans ces parages inconnus ?
Des volontés du ciel exécuteurs dociles, Vous fûtes les jalons qui rendent plus faciles Les durs sentiers où doit marc
Gloire à vous tous ! du Temps Vos noms environnés d’
‘her l'humanité :
franchissant les abîmes, auréoles sublimes
lront à l'immortalité !
le flot montant submerge
points rayonne:
Et toi, de ces héros généreuse patrie,
Sol canadien, que j'aime avec idolâtrie,
Daus l’acecomplissement de tous ces grands travaux, Quand je pèse la part que le ciel t'a donnée,
Les yeux sur l'avenir, terre prédestinée.
J'ai foi dans tes destins nouveaux !
(Les Fleurs boréales)