LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPI
Le grand fleuve dormait couché dans la savane. Dans les lointains brumeux passaient en caravane De farouches troupeaux d'élans et de bisons.
Drapé dans les rayons de l'aube matinale, Le désert déployait sa splendeur virginale
Sur d'insondables horizons.
Juin brillait ! Sur les eaux, dans l'herbe des pelouses, Sur les sommets, au fond des profondeurs jalouses, L'Été fécond chantait ses sauvages amours.
Du sud à l'aquilon, du couchant à l'aurore, Toute l'immensité semblait garder encore
La majesté des premiers jours.
Travail mystérieux ! les rochers aux fronts chauves,
Les pampas, les bayous, les bois, les antres fauves,
Tout semblait tressaillir sous un souffle effréné;
On sentait palpiter les solitudes mornes,
Comme au jour où vibra, dans l'espace sans bornes, L'hymne du monde nouveau-né.
L'Inconnu trônait à dans sa grandeur première.
Splendide, et tacheté d'ombres et de lumière,
Comme un reptile immense au soleil engourdi.
Le vieux Meschacébé, vierge encor de servage,
Déployait ses anneaux de rivage en rivage Jusques aux golfes du midi.
\ Représenté pour la première fois au Théâtre des Nouveautés, à Montréal,
80 ANTHOLOGIE DES POÈTES CANADIENS 2" "© CEIES CANADIENS Echarpe de Titan sur le globe enroulée, Le grand fleuve épanchait sa nappe immacu!.e, Des régions de l’Ourse aux plages d'Orion, Baïignant le steppe aride et les bosquets d'orange, Et mariant ainsi dans un hymen étrange L'équateur au septentrion.
Fier de sa liberté, fier de ses flots sans nombre, Fier des bois ténébreux qui lui versent leur ombre, Le Roi-des-eaux n'avait encore, en aucun lieu Où l'avait promené sa course vagabonde, Déposé le tribut de sa vague profonde Que devant le soleil et Dieu !...
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Jolliet ! Jolliet ! quel spectacle féerique
Dut frapper ton regard, quand ta nef historique
Bondit sur les flots d’or du grand fleuve inconnu !
Quel sourire d'orgueil dut effleurer ta lèvre !
Quel éclair triomphant, à cet instant de fièvre ! Dut resplendir sur ton front nu !
£ Le voyez-vous, là-bas, debout comme un prophète, 4 L'œil tout illuminé d'audace satisfaite,
La main tendue au loin vers l'Occident bronzé, Prendre possession de ce domaine immense
! Au nom du Dieu vivant, au nom du roi de France,
“ ë Et du monde civilisé ! < # L f Puis, bercé par la houle. et bercé par ses rêves, : Ë L'oreille ouverte aux bruits harmonieux des grèves, ; Humant l’âcre parfum des grands bois odorants,
+ Rasant les îlots verts et les dunes d'’opale,
ë. De méandre en méandre, au fil de | onde pâle, k Suivre le cours des flots errants !
A son aspect, du sein des flottantes ramures, Montait comme un concert de chants et de murmures ; Des vols d'oiseaux marins s'élevaient des roseaux, Et, pour montrer la route à la pirugue frêle, S'enfuyaient en avant, traînant ler « ombre grêle
Dans le pli lumineux des eaux.
JOUIS FRÊCHETTE 81
Et, pendant allait voguant à la dérive,
On aurait dit Qu'au loin les arbres de la rive,
En arceaux parfumés penchés sur son chemin,
Saluaient le héros dont l’énergique audace
Venait d'inscrire encor le nom de notre race Aux fastes de l'esprit humain |