__ NAPOLÉON LEGENDRE _____
Dans un coin, la paupière elose, Sur son oreiller de duvet
Le bébé doucement repose,
Et le chien dort à son chevet.
Alentour, tout se fait tranquille, On n'entend que le vieux coucou, Balançant sa tige mobile, Accroché là-bas à son clou.
A travers les trous du vieux châle Que son poids fait partout plisser, Un rayon de lumière pâle
De temps en temps vient se glisser.
Dans l’autre chambre, le potage Se met sur la table, fumant;
Le père rentre de l'ouvrage, Joyeux. Mystérieusement,
La mère, le doigt sur la bouche,
Par la porte ouverte à demi
Lui montre, dans un coin, la couche Où Bébé repose endormi.
Un bras replié sur la tête
Colle au front ses cheveux mouillés ; De la couverture indiscrète,
On voit sortir deux petits pieds.
Eux se regardent en silence,
Tout émus, la main dans la main, Pendant qu’à part soi, chacun pense :
Il aura six mois demain !
(Les Perce-Neige)
Benjamin Sulte (1841- )
BIBLIOGRAPHIE. — En vers: Les Laurentiennes (Montréal, Eusèbe Sénécal, 1870); — Les Chants nouveaux (Ottawa, 1890). En pros: Histoire des Trois-Rivières, ouvrage de plus de 1,500 pages dont une première parlie seulement fut mise en volume (Mont-
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réal, Enusilbe Sénéeal, 1870), le reste ayant paru dans différents hériodiques: — Expédition militaire du Manitoba (Montréal, La Revue canadienne, IS 1); — Le Canada en Europe (Montréal, La Revue Canadienne, 187,3): Mélanges d'histoire et de littérature (Oftira, Joseph Bureau, 1856); — Le Coin du Feu (Québec, Blumhart Cie, 1855): Chronique trifluvienne (Montréal, La Revue Canadienne, 1824); Album de l'Histoire des Trois- Rivières (Montréal, GE. Desbarats, 1881): - Joseph Montferrand (Montréal, 1883): Histoire des Cunadiens-Français, # volumes, (Montréal, Wilson & Cie, 1882); — La langue française au Canada (Montréal, La Minerve, 1885); -— Histoire de Saint- François-du-Lae (Montréal, La Revue Canadienne 1887): — Pages d'Histoire du Canada (Montréal, Granger Frères, 1891): — Causons du pays (Montréal, Granger Frires, 1891); — Histoire de li milice canadienne (Montréal, Desbarats Cie, 1897); — La Bataille de Chateauguny (Québec, Raoul Renauit, 1899): CHistory of the Province of Quebec » (Montréal, « Canada History Company », 1908).
EX cours pr PUBLICATION : Mélanges historiques, compilés, annotés el publiés par Gérard Malchelosse; chez Ducharme, à Montréal (eng volumes parus, sur une soirantaine à paraître).
EX PRÉPARATION : Un volume de vers.
M. Benjamin Sulte à collaboré à plusieurs Outrages considérables ur des sujets historiques. IL a en outre publié, dans différents jour- "HUE el revues, des études qui formeraient aisément la malière de plusieurs volumes.
M. Benjamin Sulte naquit à Trois-Rivières, le 1: seplembre 1841. Dès l'âge de dix ans (1 S51), son père, caboteur, ayant péri corps et biens avec s@ goélette, on le plaçait commis dans un magasin de nouveautés, puis dans une épicerie. Il sera plus tard petit marchand, puis de MOUCEAU Commis, puis teneur de livres à bord d’un vapeur qui faisait eu Ce temps-là le service entre Montréal et Trois-Rivières: puis, toujours À Trois-Rivières, aide Com pable chez Gouin, marchand de bois
Comme volontaire dans la milice canadienne (compagnie de T'rois- Rivières), il prit part à la défense du € ‘anada contre l'invasion Jénienne (1866).
Tour à tour rédacteur en chef du Canada d'Otrawa (1866), puis traducteur aux Communes US67), M. Benjamin Sulte « evenail, en 1S20, fonctionnaire an ministère de la Milice, position qu'il quitta en 1903 pour prendre sa relraile.
A1. Sulte est essentie llement un autodidacte. Travailleur infatigable, il a, comme il le dit 1 ui-même, fait un peu tous les métiers, mais il est Surtout connu pour les services qu'il a rendus à L'histoire. Comme son Histoire des Canadiens-Français, ses Mélanges historiques sont une Mine inépuisable de documents. « Il considère les groupes locaux, la famille, comme la base élémentaire, le molécule de l'histoire, système original par lequel on étudie les sociétés humaines comme le font les
BENJAMIN SUITE ___ Li
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chimistes pour les métaux, en observant la force el la forme des cristaux atomiques qui les composent. » (RAMEAU DE SAINT-PÈRE)
Quant aux vers de M. Sulte, nul n'en parle plus modestement que l'auteur lui-même : © I y a peut-être de la poésie là-dedans, dit-il, mais si modeste, si peu lapageuse, que le grand publie n'y croit pas... C'est un vrai plaisir pour moi que de rimer un couplet. - Si je n'avais pas tant de traraur d'histoire en main, je ferais bien plus de vers, je vous assure. »
LES BÜÛCHERONS
Frappez d'estoc ! frappez de taille !
Les trones aux flancs retentissants !
La forêt vous livre bataille
Et porte en ses rameaux puissants Des défis toujours renaissants.
Pauvres gens partis de la ville
Au point du jour, par les grands froids, Leur tâche ingrate est difficile Durant l'hiver au fond des bois !
Mais la joyeuse insouciance
Ne les quitte pas un instant.
Leur devise est : Dieu ! confiance !
La hache au dos, causant, marchant, La fatigue amène le chant.
Frappez d'estoc ! ete.
Sous les grands pins, dans les elairières, Ou sur les lacs des environs,
Par les montagnes, les rivières,
Ils sont partout, nos bûcherons.
Le cœur léger d’inquiétudes, Ravageurs comme l'ouragan,
Ils parcourent les solitudes Jusqu'aux mers du soleil couchant, Toujours luttant, toujours cherchant.
Frappez d'estoe ! ete.
Conquérants du territoire, La phalange des travailleurs Ouvre des pages .à l'histoire Au prix des plus rudes labeurs.
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Les cou. pleuvent drus en cadence, Sur le pied des arbres géants
Qui, traçant une courbe immense, S’affaissent en rebondissant
Dans les flots d’un tourbillon blanc.
Frappez d’estoc ! ete.
La nuit les surprend à l’ouvrage,
Tel qu'un visiteur importun.
La tempête souffle avec rage :
€Gagnons le rendez-vous commun. »
À la veillée, un ancien conte
Des histoires de revenants.
Les loups-garous ont sur leur compte Des faits merveilleux et galants
Dont les témoins sont tous absents.
Frappez d'estoc ! etc.
Pour bannir les regrets d'absence, L’amoureux chante une chanson
Que chacun écoute en silence
Comme un écho de la maison.
Puis, quand vient la fonte des neiges, Quels transports ! quels ravissements !
Les écoliers de vingt collèges,
Pour s'envoler, sont moins pressants Que ne le sont nos hivernants.
Frappez d’estoc ! ete.
(Les Laurentiennes)