‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 61 sur 255 · REMY TREMBLAY · texte numérisé non relu

REMY TREMBLAY

Voilà pourquoi surtout, doré de ton reflet,

Le vieux prêtre te fait flamber avec respect.

Il sait que ce qui brûle est sorti d'une terre Fécondée avant tout par l'Église en prière.

Ces foins perdus, poussés sur le champ de la mort, C'es rosiers, ces glaïeuls, cette ronce qui mord,

Ont germé dans un sol imprégné d'eau bénite

Et sont purs comme sont les cheveux d'un lévite.

Le pasteur veut qu'ici, dans le calme et l'amour,

Les cendres du bûcher restent jusqu'au grand jour ! Car tout ce qui nourrit cette flamme sereine

A poussé dans un sol fait de poussière humaine. Cette meisson de deuil, ces foins, ces arbrisseaux. Tout cela prit racine au sein des noirs tombeaux. Aux jours les plus dorés de l'été, quand la brise Passait sur cet enclos comme une hymne d'église, Elle semblait tout bas, en frôlant le gazon,

Dire un De profundis qui donnait le frisson.

Et quand le vent, la nuit, secouait la crinière

Des vieux saules, des ifs, de la haute bruyère,

Le passant s'arrêtait, collait l'oreille au mur.

Et disait : «Les défunts parlent ce soir, bien sûr ! » Dans cet enclos fermé, les enfants du village

Ne eueillaient ni les fleurs, ni la mûre sauvage :

Seuls, dans ces doux gazons, les oiseaux du bon Dieu Becquetaient sans clameurs les fraises du saint lieu. Et le bedeau lui-même (un brave chrétien, certes 1 Avait fauché ce pré la tête découverte.

Frères ! le feu se meurt : gardons comme un trésor Le doux'enseignement qui s'en dégage encor :

C'est que la sainte Église, oubliant leurs misères, Honore ses enfants jusque dans leurs poussières !

(Au foyer de mon presbytère)

Remi Tremblay (1847- )

BIBLIOGRAPHIE. -- En vers: Caprices poétiques et Chansons satiriques (1883); — Coups d'ailes et Coups de bec (1888); — Boutades et Réveries (Fall-River, 1893); — Vers l'Idéal (Ottawa, La Compagnie d'Imprimerie Commerciale, 1912). En prose : Un Revenant, roman (1884),

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Parmi les nombreux journaux auxquels M. Tremblay a collaboré, citons seulement : la Minerve (1877, 1878 et 1881): — les Laurentides de Saint-Lin (1877):-—la Gazette de Joliette (1877); — Le Courrier de Montréal (1879, 1882 et 1883): — le Nouveau-Monde (1881); — le Canard (1881); — la Presse (1884); — l’Indépendant, de Fall-River (1885 et 1893); — la Justice de Québec (1888); — la Patrie (1889 et 1892); — l'Opinion Publique de Worcester (1894-95).

Outre tous les articles qu'il a fournis aux journaux en collaboration régulière, M. Remi Tremblau a donné beaucoup d’études sur différents sujets, nolamment trois séries d'im pressions de voyages publiées res pectirement dans la Presse (1889-90), le Canada (1905) et la Justice d'Oltana (1912).

M. Remi Tremblay naquit à Saint-Barnabé (comté de Saint-Hyr cinthe), le 2 avril 1847. Il n'avait que douze ans (1859) lorsque sa famille, emportée comme tant d'autres par la vague d'émigration qui passait à ce moment sur le Bas-Canada, l'emmena vivre à Woonsocket, dans le Rhode-Island.. Quatre ans plus tard, âgé de seize ans à peine, nous le retrourerons soldat dans l'armée nordiste, avec laquelle il fera toute la campagne du Potomac (1864). Revenu au Canada après la querre qour y prendre un brevet à l'Ecole militaire, il fera encore, en 1866, toule la campagne contre les Féniens.

Sans renoncer complètement au métier militaire (en 1876, il était nommé capitaine au 53e bataillon), M. Remi Tremblay, à dater de celle époque, s'est adonné plutôt aux arts de la paix. C’est ainsi qu’il fit tour à tour du commerce, de l'agriculture, de l'enseignement -- et surtout du journalisme. Celle carrière-ci, de fait, devait l’absorber presque uniquement pendant près de vingt ans (à dater de 1877). Quand il y renonça enfin, ce fut pour devenir traducteur français à la Chambre des Communes (1896), position qu'il occupe encore aujourd’hui.

€...Aulodidacte infatigable, n'ayant reçu comme base d'études qu'une excellente instruction élémentaire, il (M. Tremblay) a constamment travaillé à élargir le cercle de ses connaissances et il emploie encore à étudier tous les loisirs que lui laissent ses fonctions de traducteur. I a étudié le latin avec le curé de Stoke. Il a appris sans professeur, suffisamment pour les traduire avec facilité, le portugais, l'espagnol, l'italien, l'allemand et l'espéranto. Il étudie maintenant l'hébreu et ne désespère pas d'apprendre un jour le sanscrit. » (ALEXANDRE BEusLe, Histoire de la Presse franco-américaine, Worcester, 1911)

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