LA VICTOIRE DE CHATEAUGUAY
La trompette a sonné : l'éclair uit, l'airain gronde: Salaberry paraît, la valeur le seconde,
Et trois cents Canadiens, qui marchent sur ses pas, Comme lui, d'un air gai, vont braver le trépas.
Huit mille Américains s'avancer in air sombre; Hampton, leur chef, en vain veut ( apter sur leur nombre. C'est un nuage affreux qui paraît s cpaissir,
Mais que le fer de Mars doit bientôt éclaicir.
Le héros canadien, calme quand l'airain tonne, , Vaillant quand il combat, prudent quand il ordonne, A placé ses guerriers, observé son rival;
Il a saisi l'instant et donné le signal.
Sur le nuage épais qui contre lui s'avance,
Aussi prompt que l'éclair, le Canadien s'élance
Le grand nombre l'arrête. .. il ne recule pas:
Il offre sa prière à l'ange les combats,
Implore du Très-Haut le secours invisible,
Remplit tous ses devoirs et se croit invincible.
Les ennemis confus poussent des hurlements.
Le chef et les soldats font de faux mouvements. Salaberrv, qui voit que son rival hésite,
Dans la horde nombreuse a lancé son élite:
Le nuage s'entr'ouvre: il en sort mille éclairs:
La foudre et ses éclairs se perdent dans les airs.
Du pâle Américain la honte se déploie;
Les Canadiens vainqueurs jettent des cris de joie: Leur intrépide chef enchaîne le succès,
Et tout l'espoir d'Hampton s'enfuit dans les forêts. Oui ! généreux soldats, votre valeur encharte :
La patrie envers vous sera reconnaissante.
Qu'une main libérale, unie au sentiment,
En gravant ce qui suit, vous offre un monument:
« Lei les Canadiens se couvrirent de gloire;
« Oui ! trois cents sur huit mille obtinrent la victoire. « Leur constante union fut un rempart d'airain
« Qui repoussa les traits du fier Américain,
« Passant, admire-les.. Ces rivages tranquilles
« Ont été défendus comme les Thermopyles;
« lei Léonidas et ses trois cents guerriers
“ Revinrent parmi nous cueillir d'autres lauriers, »
Michel Bibaud
BIBLIOGRAPHIE. -- Ypitres, Satires, Chansons, Epigrammes, et autres pièces de vers (1890). En prose: Histoire du Canada, vol. L (1837); — Id., vol. LI (1844); — Id., vol, III (1878).
Michel Bibaud collabora au Spectateur canadien. ZE fonda l'Aurore du Canada (1815) et Le Courrier du Bas-Canada (1819), journaur politiques; la Bibliothèque canadienne (1825), l'Observateur canadien (1830), le Magasin du Bas-Canada (1832) et l'Encyclopédie canadienne (1842), journaux littéraires. En outre, il rédigea des manuels d'enseignement.
Michel Bibaud naquit à la Côte-tes-Neiges (près Montréal), le 20 janvier 1782. Après de solides études au Collège Scint- Raphaël, aujourd'hui Collège de Montréal, il se livra d'abord à l'enseignement, mais pour peu de temps. Bientôt il se jetait dans le journalisme et la littérature. L'histoire de ses œuvres forme pour le reste l’histoire de sa vie. Il mourut à Montréal, en 1857.