‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 73 sur 255 · LA CLOCHE DE LOUISBOURG · texte numérisé non relu

LA CLOCHE DE LOUISBOURG

Cette vieille eloche d'église,

Qu'une gloire en larmes encor Blasonne, brode et fleurdelise, Rutile à nos veux comme l'or.

On lit le nom de la marraine, En traits fleuronnés, sur l'’airain, Un nom de sainte, un nom de reine, Et puis le prénom du parrain.

C'est une pieuse relique :

On peut la baiser à genoux:

Elle est française et catholique Comme les cloches de chez nous.

Jadis ses pures sonneries Ont mené les processions, Les cortèges, les théories Des premières communions.

Bien des fois pendant la nuitée, Par les grands coups du vent d'avril, Elle a signalé la jetée

Aux pauvres pêcheurs en péril.

A présent, le soir, sur les vagues, Le marin qui rôde par là

Croit ouïr des carillons vagues Tinter l'Are maris stella.

4 Elle fut bénite. Elle est ointe.

Souvent, dans l'antique beffroi, Aux Fêtes-Dieu, sa voix s'est jointe Au canon des vaisseaux du Roy.

Les boulets l'ont égratignée, Mais ces balafres et ces chocs L'ont pour jamais damasquinée Comme l'acier des vieux estocs.

Oh ! c'était le cœur de la France, Qui battait à grands coups alors Dans la triomphale cadence

Du grave bronze aux longs accords !

O cloche, c'est l'écho sonore Des sombres âges glorieux Qui soupire et sanglote encore Dans ton silence harmonieux !

En nos cœurs tes branles magiques, Dolents et rêveurs, font vibrer Des souvenances nostalgiques, Douces à nous faire pleurer.

(Floraisons matutinales)

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