LA FILLE DES BOIS
Et son cœur fut pris par un guerrier blanc !
Quand la bise mord le bouleau tremblant, Quand la forêt mue,
La fille des bois, dans les grands sentiers
Toute seule, va, de longs jours entiers, Par son rêve émue.
GONZALVE DESAULNIERS |
Ce fut dans la plaine, au ciel attiédi,
Quand la flambe d'or descend du midi, Que lui vint ce rêve.
Près de son ruisseau le guerrier passa,
Et de loin son œil longtemps earessa Ses pas sur la grève.
Que lui donna-t-elle, au guerrier vaillant ?
Les bois pleins de bruits, le flot babillant, Pourraient nous le dire;
Mais le doux secret lui sera gardé,
Car les bois aux flots ont recommanué De ne pas médire.
Des bruissements d’aile et de chansons
Se sont envolés, rieurs, des buissons Dont l'âme voltige;
Et comme le daim, las de s’abrevoir,
Le guerrier s’en fut, sans souci d’avoir Coupé cette tige.
Les mois et les ans ont passé depuis, Et la fleur des bois qui n’a plus d’appuis, Dont l'avenir sombre, Sourit aux oiseaux, dans l'attente encor De la vision qui manque au décor De sa forêt sombre.
Dans les matins blonds, dans les soirs tombés, Dans le vent qui fait les jones recourhés Et l'arbre farouche, On la voit pensive au bord des chemins, Et le lendemain sur les ’ndemains Lentement se couche.
De décembre morne à juin triomphant,
Quand la sève monte ou l'écorce fend Au souffle du pôle,
Elle dit sa peine aux grands horizons
Et marche, oubliant bouvreuils ou bisons, Son are sur l'épaule.
Et pourtant, plus d'un chasseur donnerait Ses plus belles peaux d'élan sans regret Pour un baiser d'elle.
Mais ia fière enfant, toute à son passé, Au vieux souvenir jamais effacé Veut rester fidèle.
Car son cœur fut pris par un guerrier blanc ! Quand la bise mord le bouleau tremblant, Quand la forêt mue, La fille des bois, dans les grands sentiers Toute seule, va, de longs jours entiers, Par son rêve émue.