‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 83 sur 255 · L'ABBÉ ALFRED TREMBLAY · texte numérisé non relu

L'ABBÉ ALFRED TREMBLAY

Il me souvient d’un soir d’indicible fortune,

Où dans son pur cristal, souriante, la lune Jetait à pleins rayons sa lumière d'argent:

J'étais là, haletant, sentant brûler mon âme, Toujours inassouvi de ce rêve de flamme Qu'on devait m'envier du fond du firmament.

Certains jours, tout était divinement sonore. Ces jours-là, sur les flots je devançais l'aurore, Pêchant la truite rouge, agaçant les échos;

Et le soir, affamé de rythme et d'harmonie, Invoquant en mon cœur la musique infinie, J'allais, courant, m'asseoir all m 1 des roseaux. J’allais, courant oir al ilieu des r 1

Toute chose aussitôt devinant mon délire, Avee les monts, les bois, les oiseaux et ma lyre, J'organisais soudain pour moi seul un concert; Et jamais aucun roi, pour fêter sa naissance, Ne put goûter chez lui la pure jouissance , Dont je me délectais, au fond de mon désert.

>arfois, tout doucement, sur la scène liquide

Se glissait le huard, virtuose splendide,

Que tous les alentours s’empressaient d'applaudir; Des légions d'échos étaient à son service,

Et longtemps dans la nuit, au gré de son caprice,

[l les faisait chanter, rire aux éclats, gémir.

O mon lac ! quand l'hiver au foyer nous confine, [1 m'a toujours semblé porter sur ma poitrine

Le lourd manteau glacé qui t'impose sa loi;

Et sitôt de l’été la brise revenue,

Avec autant d'ardeur que l'aigle vers la nue, Pour te revoir enfin je m'élançais vers toi.

Mais maintenant, hélas ! sans que ce soit ta faute, Je trouve, à chaque fois, la montagne plus haute Qui dans sor noble flanc a caché ta beauté;

Et déjà j'entrevois que l’année est prochaine,

Où je ne pourrai plus dominer cette plaine

Que des hauteurs du rêve, ou de l'éternité.

Gonzalve Desaulniers (1863- )

BIBLIOGRAPHIE. — Poésies diverses, parues dans les journaux ! — Pour la France, poème patriotique (édition de luxe, 10 pages de 9 pouces x 6, Montréal, 1918).

EN PRÉPARATION. — Le Golfe, poème descriptif.

M. Desaulniers a aussi collaboré en prose à plusieurs journaux et revues.

M. Gonzalve Desaulniers naquit à Saint-Guillaume d'Upton, le 24 juin 1863, d'une vieille famille qui pendant longtemps identifia son nom avec : istoire de la vallée du Saint-Maurice. De sa profession avocat, il 4 fait ses études secondaires chez les Jésuites, à Montréal, et ses études de droit à l'Université Laval. Joua dans sa jeunesse un rôle politique actif comme propriétaire et rédacteur du National, de Montréal, auquel collaboraient les jeunes libéraux canadiens-français dits avancés. Cette feuille, fondée en 1889, vécut sept années. T'enu à l'écart par les partis à cause de ses vues politiques, M. Desaulniers a depuis une trentaine d'années consacré presque uniquement à la litlérature les loisirs que lui laisse une pratique professionnelle très active. Êlu président du Cercle montréalais de l'Alliance française en 1909, il a été depuis réélu chaque année à ces fonctions, qu’il remplit avec une compétence et un tact parfaits. Il a été pendant deux ans président du Club Saint-Denis, un des principaux cercles mondains de Montréal. Au barreau, il s’est fait une spécialité des affaires de presse comme avocat des idées libérales.

Dans la Revue des Deux-Mondes, M. Gustave Lanson a dit beaucoup de bien du poème Pour la France, écrit « à la mémoire de nos morts ».

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