‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 86 sur 255 · JOSEPH-HORMISDAS ROY · texte numérisé non relu

JOSEPH-HORMISDAS ROY

Survolez, survolez les frontières anciennes,

Car nous sentons déjà vos ailes nous porter

sur les rives du Rhin, où viennent se heurter

Les mouettes de France aux eigognes prussiennes.

Joseph-Hormisdas Roy

BIBLIOGRAPHIE.— Voix étranges (Lowell, Imprimerie de l'Étoile, 1902).

EN MANUSCRIT. — T'rois volumes de vers : Au fil de la vie. — Silles. — En vicillissant.

M. J.-H. Roy, à qui nous avions demandé des notes biographiques pour ce recueil, a bien voulu nous écrire les quelques lignes suivante . qui sufliraient à elles seules à prouver, s’il en était besoin, qu'il est encore de par le monde des poètes modestes :

« Vous me demandez des notes biographiques : rien ne ressemble plus à ma vie que la vie de Monsieur Tout-le-Monde. Ma date de naïssance : 10 mars 1865. Enfance pauvre et assez misérable, chez des parents habitants rien moins qu'à l'aise, dans la pourtant florissante paroisse de Dorval. Mis au collège. bien malgré moi, à l’âge de onze ans, je fis, au Petit Séminaire de Sainte-Thérèse, des études à la diable et tronquées.… Je menai, penda:! les cinq ans qui suivirent, une vie plus que triste... C'est alors que, me ressaisissant, je songeai à adopter une profession libérale à défaut d’un métier, qui m'aurait probablement mieux convenu... Entré à l'Université de Montréal en 1890, j'y recevais en 1893 mon diplôme de docteur en médecine, après trois années l'un travail très ardu. (J'avais eneffet. en ce temps-là, outre l'effort intellectuel, à pourvoir au matériel de mes trois repas par jour, et ce n'était pas toujours drôle ! Je m'en rapporterais volontiers là-dessus mon compagnon de disette de ce temps-là, Lapalisse, qui avait coutume de dire. dans son langage bien à lui: «Heureusement que nous ne pouvons pas prendre moins qu'un repas par jour ! » Le pauvre garçon est mort depuis, non d’indigestion, je le présume. Quel joyeux compaynon d'infortune ! Que la terre lui soit aussi légère qu’élait alors notre bourse !... ) En 1894, je transportais mon mince bagage à Lowell, dans le Massachusetts, où j'ai toujours vécu depuis, menant une vie sans relief, plate et routinière comme une journée de facteur. Mammon — pour parler comme l'Écriture — m'a toujours gardé rigueur, ce qui ne m'empêche pas de m'appliquer de mon mieux, avec mon ercelnee femme, à élever les neuf enfants qui rayonnent autour de notre fable, ..

« Outre Voix étranges, qui est le fruit de ma jeunesse, j'ai en manuscrit trois volumes : Au fil de la vie, — Silles, — En vieillissant, — dont j'ai loujours remis la publication faute de ressources, el aussi par

crainte de leur peu de valeur. Au fil de la vie, continuation de Voix étranges, contient des poèmes écrits peu a près la publication de ce volume et sur le même thème. Silles renferme deux cent cinquante sonnets à l'allure satirique, à la vérité peu mordante. En vieillissant laisse voir une muse plus assagie, ou qui se croit telle. je crains bien que cela n'est qu'illusion, et qu'en réalité ce sont ses ailes qui s’écourtent » ;

Plusieurs critiques ont fait des vers de M. Roy les plus grands éloges. Citons seulement quelques témoignages pris au hasard :

« Montréal, 28 octobre 1902. — Je viens de parcourir avec plaisir et souvent avec émotion vos Voix étranges. Vous êles un vrai poèle, puisqu’à vous lire on ressent la tristesse qui a coulé de vous en vos poésies... Vos vers sont vraiment l'expression de votre être intime : on le sent.» (ALBERT LozEAU)

« Le volume que M. Roy vient de livrer à la publicité et qu'il a intitulé Voix étranges s’élève beaucoup au-dessus de l'effort ordinaire d’un débutant. Il révèle une grande intensité d'impression, une vision très personnelle des choses, et — ce qui est encore plus rare — un instinct artistique qui s’écarte à la fois des banalités poncives et d'un modernisme poseur... M. Roy promet donc aux lettres canadiennes une acquisition précieuse. » (Louis FRÉCHETTE)

LE TERME (Lied)

Ame, douce âme, d’où viens-tu ?

Sous la grande nue étoilée, Libre je m'étais envolée Sur les ailes de la Vertu, Et j'en reviens plus esseulée.

Ame, pauvre âme, d’où viens-tu ?

Je reviens, à grande volée, De cette plage désolée

Où maint courage est abattu; J'en reviens toute dépouillée.

Ame, Ô blanche âme, où t'en vas-tu ?

Vers la région reculée,

Plus loin que la nue étoilée,

Où l'ange est de rayons vêtu, Où l’âme enfin est consolée.

(Voix étranges)

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