LOUIS DANTIN
Jeune fille, dont l'œil tendre Garde un reflet de pitié, Venez remuer la eendre
; Du feu de mon amitié,
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Je vous dirai mon histoire Et mon cœur, de fiel rempli, Dans vos regards croira boire Le bonheur avee l'oubli.
Nous aurons les fines trames De rêves d'or à filer,
Et nous laisserons nos âmes Sur nos lèvres se mêler.
Il est si doux, l'âme en fête, De bâtir plans et projets, Et cueillir en tête-à-tête Des fleurs au temps des cyprès !
(Tendres choses)
Louis Dantin (1870- )
Louis Dantin a publié quelques pièces de vers et des contes en prose dans les Débats et l'Avenir, aux alentours de 1900. Il a écrit, pour l'œurre de Nelligan, une préface très remarquable. Fut sous le nom de Serge Usène, un des principaux collaborateurs d'un recueil de poésies ee religieuses paru aux environs de 1900 à Montrér! : us le nom de Franges d’Autel.
Louis Dantin est Le nom imaginaire d'une personnalité qui veul rester mustérieuse, Celui qui le porte est un Canadien authentique, né à vingt milles de Montréal {vers 1870), quoique trois races diverses aient mêlé en lui leurs empreintes et leurs influences; comme chacun de nous it est surtout Français, et finalement il n’est que cela. Il a vécu un peu chez nous, davantage en France, en Belgique, en 1talie, au cours d'une existence à la fois renfermée et nomade. Ilest maintenant aux États-Unis : peut-être demain nous le renverra-t-il. Ses aventures ont ‘té surtout intellectuelles, et n'ont quère eu pour lémoins que son äme et sa conscience. Il avait pour les lettres une vocation bien déterminée qu'il n'a pas suivie, mais qui s'est fait jour malgré tout à de rares (poques.
NOËL INTIME {Décembre 1900)
Oh ! qu'ils furent heureux, les pâtres de Judée Eveillés au bucein de l’Ange triomphant,
Et la troupe des Rois par l'étoile guidée
Vers le chaume mystique où s’abritait l'Enfant !
Tous ceux qui, dans la paix de cette nuit agreste, Trouvèrent le Promis, le Christ enfin venu ;
Et ceux même, ignorants de l’'Envoyé céleste,
Qui L'avaient repoussé, mais du moins L'avaient vu !
La Mère, s'enivrant d'extase virginale,
Joseph, pour qui tout le mystère enfin a lui.
Et l’étable, et la crèche, et la bise hivernale
’ar les vieux ais disjoints se glissant jusqu'à Lui !
Tout ce qui Le toucha dans sa chair ou son âme. Tout ce que son rayon commença d’éblouir, Princes savants, bergers pieux, Hérode infâme, Tout ce qui erut en Lui, fût-ce pour le haïr !
Ob !'qu'ils furent heureux. Moi, dans l'ombre muette, Je m'asseois, pasteur morne et blôme de soucis,
Et jamais un archange à ma veille inquiète
Ne vient jeter le Gloria in Excelsis.
Je scrute ie reflet de toutes les étoiles,
Mage pensif, avec un désir surhumain:
Mais leur front radieux pour moi n’a que des voiies, Et pas une du doigt ne me montre un chemin.
Et mon âme est la Vierge attendant la promesse, Mais que ne touche point le souffle de l'Esprit ;
Ou le vieillard en pleurs qu’un sombre doute oppresse Et qui n’a jamais su d'où venait Jésus-Christ.
Je suis l'étabie ofrant en vain son sol aride
Au Roi toujours lointain et toujours attendu: Et dans mon cœur voici la crèche, berceau vide, Où le vent froid gémit comme un espoir perdu.