SAGESSE
Elle m'a dit : «Soyons amis, mais sans excès, Sans rien de ces horreurs que l'amour autorise. Passe pour l'amitié, moins sujette aux excès, Qui sait garder les tons dans une teinte grise.
«Je veux des sentiments paisibles et discrets, Rien que tremper sa lèvre à la coupe qui grise, Frôler la passion, sans fièvres ni secrets, Et surtout observer la mesure précise. »
Je croyais écouter la déesse Pallas, Et, disciple forcé, j'admirais en silence, Cette raison si haute, et si rigide, hélas !
Mais, sur la borne étroite où leur pied se balance, Je voyais, étourdis de ces sages accents, L'Amour et l’Amitié bouder en mêine temps.
Germain Beaulieu {1870- )
M. Germain Beaulieu a collaboré, soit en prose soit en vers, à nombre de journaux et revues. Il figure dans les Soirées du Château de Ramezay. Ses meilleures poésirs ont paru dans le Terroir de Montréal, en 1909.
M. Germain Beaulieu naquit en 18:0, de parents très pauvres, à Rivière-Blanche. près Matane. Orphelin de bonne heure, adopté par une famille de Montréal, il fréquenta en cette ville l'école primaire puis l'École normale Jacques-Cartier, maïs il s'insiruisit surlout seul. Diplômé de la Fac:dté de Droit de Laval (à Montréal), il fait prrlie du barreau depuis 1894. Il a repris en 191%, à Montréal, l'étude de sa profession, après aroir été, entre autres choses, secrélaire général de la Société des Artisans Canadiens-Français et attaché au serrice entomologique de la station agronomique fédérale d'Ottawa. Ila aussi donné un cour: de littérature française à l’école primaire supérieure du Plateau, à Montréal.
M. Beaulieu consacre tous ses loisirs aux choses intellectuelles. IL fut un des fondateurs et le premier président de l'École littéraire de Montréel, à laquelle il n'a cessé de s'intéresser. Natraliste :le valeur, il a pris une part active à la constitution du’ Musée entomologique
Diva Phataesnt eng dtinetsmh
Jédéral. Partisan de l'école olligaloire, de la gratuité et de l'uniformité des manuels scolaires, il a soulenu en matière pédagogique des polémiques très vives, qui lui ont valu, à certains moments, l'hostilité active du clergé. 1 fait aujourd'hui partie de l'étude légale Bérard, Beaulieu d Sénéeul. [let conseiller juridique de Ville Saint-Pierre.
« Naturaliste érudit, Beaulieu n'est plus le néophyte timide qui n'ose approfondir el se contente de célébrer des spectacles futiles et simples, comme Poisson ct LeMay, élégants et recherchés, comme Beauchemin el Desaulniers, ou pittoresques et colorés, comme Ferland. Son culte pour la Nature, plus intense et plus profond, parce qu'il repose sur les bases mêmes d'une science que le poète possède en ses moindres détails, est celui du lérite nourri, dès sa plus tendre enfance, des mystères de sa religion. Qu'il la surprenne en ses manifestations les plus menues, ou qu'il la contemple dans le majestueux éclat de ses splendeurs, qu’il poursuivre Cla frêle libellule » où qu'il entonne (l'hymne au soleil », la nature n'a point de secrets pour lui. Il connaît toutes les particularités de la flore et de la faune de son pays. Rien ne lui est inconnu des lois qui président à la formation primitive et aux transformations successives des êtres; il les suit méthodiquement dans leurs progressifs développements et relate les moindres de leurs mœurs et de leurs habitudes, innorant ainsi, sur des sujets qu'on se plaît à considérer d'ordinaire comme arides el purement scientifiques, une poésie solide et réelle qui, bien qu'un peu sèche, apporte à l'œurre canadienne sa note toute particulière, ‘émoin cette gente Libellule... » — Paur MaAINFREY, dans une conférence sur la littérature canadienne, faite à Paris, le 2 avril TODT,