‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 96 sur 255 · DANS QUELQUES JOURS · texte numérisé non relu

DANS QUELQUES JOURS

Dans quelques jours, les hirondelles,

A leurs vieux nids, toujours fidèles, S'en reviendront;

Toutes, l’une poursuivant l’une

Depuis l’aube jusqu'à la brune,

Sous le soleil ou sous la lune, Gazouilleront.

Dans quelques jours, tous les brins d'herbe Se grouperont en frèle gerbe.

Pour leur festin Ils auront la claire rosée Qui, sur leur tige harassée, Tombera par goutte irisée, Chaque matin.

Dans quelques jours, toutes les branches, Sous les feuilles en avalanches Se courberont;

Et de sa base jusqu'au faîte, Chaque arbre, avec un air de fête.

Se repeuplera de fauvettes

Et de pinsons.

Tous les ruisseaux, de leurs voix gréles, Pour les trèfles et pour le, prèles Diront glou-glou.

La libelluie audacieuse.

Toujours légère et grarieuse, Ira furetant, curieuse, Un peu partout.

Et la brise, sur toutes choses, Egrenant les métamorphoses

A larges mains, >ar la montagne et par la plaine, Embaumera de son halcine L'aubépine. la marjolaine

Et les jasmins.

Ce sera la saison trop brève,

Celle qui passe comme un rêve, Comme un baiser:

Celle qui, tendrement déploie

L'étendard vermeil de la joie

Et que Dieu, chaque année, envoie Pour nous bercer:

Ce sera le printemps qui donne A l’insecte, pour qu’il bourdonne, Des ailes d'or,

Au mendiant, pour qu'il chemine

Plus droit, de matine à matine,

Sur la route qui le fascine.

L'espoir encor.

Ce sera le printemps qui jette

Dans tous les cœurs un peu de fête, Beaucoup d'amour,

La s:ule saison qu'on regrette,

Car elle effleure notre tête

Sans la blanchir, — et l’on en guette Chaque retour.

AMÉDÉE DENAULT __

Amédée Denault

bIBLIOGRAPHIE.— Lueurs d’aurore (Montréal, Maison de la Bonne Presse, 1895).

Né le 14 septembre 1870, à Suint-Timothée, dans le comté de Beauharnois. Élève d’abord des Clercs de Saint-Viateur, puis du Collège de Montréal. Collabora à plusieurs journaux et revues. Fut sousrédacteur à la Minerve, puis directeur du Monde Illustré. Fonda tour à tour le Glaneur, bi-mensuel, l’'Évrin Littéraire, hebdomadaire, et enfin la Croix de Montréal.

En 1902, avec le concours d'un mulualiste entreprenan!, M. Robillard, et l'appui moral de M. Henri Bourassa, il installait à Montréal, comme journal du dimanche, le Pionnier, qui jusque-là avait paru à Sherbrooke. Ce journal disparaissait une ou deux années plus tard, après une fin de carrière plutôt mouvementée, non sans avoir cependant contribué à la cristallisation du nationalisme politico-religieux qui devait dans la suite revivre au Devoir. M. Denault est depuis quelques années attaché à l'Action sociale de Québec, dont les diverses œuvres de presse le comptent parmi leurs collaborateurs.

Un poème de M. Denault, intitulé Crois en Dieu, fut couronné au grand concours de l’Académie littéraire et musicale de France.

Page 1