‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 100 sur 160 · PIERREUSE · texte numérisé non relu

PIERREUSE

Elle était rousse et laide, on l'appelait Phémie. Son langage, imagé, n'avait rien de mondain. Fille de proie en proie à l'aiTamé demain, Créature en naissant vouée à l'infamie,

Ayant eu plus de mille époux sans bigamie, Elle montait toujours. Ni dégoût ni dédain. Il faut vivre, d'abord. Pas de gain, pas de pain. Elle est morte à la fois d'absinthe et d'anémie.

On ne la verra plus arpenter le trottoir,

Au passant murmurant : Viens-tu chez moi ce soir ?

Fini. Dernier relais. Sa bière est sous la porte.

Deux tréteaux, un drap noir. Pas de fleurs, pasdecroi.x. Le corbillard, honteux, hâtivemc.nt l'emporte. On la salue — alors — pour la première fois

JULES DE .ViARTHOLD 267

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