BALLADE DE LA SOTTISE DES SOTS
Toi que célèbre au jour le chant du coq,
Hydre aux cent fronts, stupide et fatidique,
Idole inerte, invulnérable bloc.
Gouge éternelle et qui jamais n'abdique,
Je te salue, ô Bêtise homérique !
Ta lâcheté, contagieux typhus,
Fait de la vie un douloureux rébus ;
Avec la peur la colère pactise,
Contre l'esprit toutes deux font chorus;
Rien ne guérit les sots de leur sottise.
Cœur et cerveau chez ces gens sont de roc ;
Représentant en la chose publique,
La Loi, la Foi, portant simarre ou froc,
Leur ignorance est encyclopédique,
Se propageant comme un mal endémique.
Cancres étroits, maigres savants en us.
Noirs Trissotins coutumiers du hiatus,
Chacun pérore et très haut dogmatise,
Sans rien savoir soutenant mordicus.
Rien ne guérit les sots de leur sottise.
La femme, amour étant pour elle un troc, Gymnasiarque en grimace erotique.
Fait couvrir d'or chaque s-llon du soc. Jouant le jeu sans donner la réplique
Et pipant l'homme à sa froide mimique.
Tristes ébats qui font rougir Vénus, 11 faut, après, lire maint prospectus.
Les lendemains exigeant expertise...
Mieux eût valu monter sur l'autobus !
Rien ne guérit les sots de leur sottise.
ENVOI
Reine du monde, heureux de leur foetus, Les bourgeois fous vont, avec oremus, Inoculer à l'enfant qu'on baptise La triomphal, et tout puissant virus.
Rien ne guérit les sots de leur sottise.
JULES DE MARTHOLD 269
NUIT d'oR^
Nul bruit, nul cri, nul choc dans les grands prés de soie Où tout rit et sent bon sous le ciel bleu du soir, Où, sauf le ver qui luit, on ne peut plus rien voir, Où le chat-linx des bois va, court et suit sa proie;
La voix des nids en chœur dit son pur chant de joie, Un cerf boit à sa soif, au guet, l'eau du lac noir. Au pan creux d'un vieux mur dort en paix un vieux loir, Et sous les feux de juin tout vit, tout croît, tout ploie.
Un vent chaud des blés murs fait un flot de la met Et sur les monts des pins ont cent longs bras de fer, Sur un roc nu la tour plus que le roc est nue.
Doux et fort, œil mi-clos, roi du sol, un bœuf paît. 11 pleut sans fin, croit-on, des clous d'or en la nue. Le temps court, le temps fuit, la nuit meurt, le jour naît.
I. Ce sanneta la particularité de n'être composé que de mots monosyllabiques
Armand Masson, né en 1857, est un parisien de Paris authentique. C'est néanmoins au collège de Melun qu'il fit ses études. Mais il revint bien vite tenter la fortune littéraire au Quartier Latin où il se trouva faire son droit à l'époque même où battait son plein le fameux cercle fantaisiste des Hydropathes. C'est là qu'il connut Emile Goudeau, Mac-Nab, Jules Jouy, etc., qui, plus tard, l'entraînèrent à la conquête de Montmartre. Entré depuis dans l'administration assise, il n'en resta pas moins longtemps fidèle à la littérature debout : il se fit entendre notamment au Chat Noir, au Chien Noir et à la Boîte à Musique.
Armand Masson est un aimable poète, d'une amusante et spirituelle fantaisie ; il a réuni un certain nombre de poésies dans un premier volume qu'il intitula, avec une modestie évidemment exagérée : Pour les Quais, et qui, en fait, a atteint sa troisième édition et obtenu auprès des lettrés tout le succès qu'il mérite. Son éditeur, M. Messein, prépare pour cette année un second vi;lumc, intitulé Eti miaou majeur.
ARMAND MASSÛN 27 I