AU BOIS DE BOULOGNE
En vérité, je vous le dis.
Ne pleurez plus le paradis
Perdu par Eve, Car il existe sous les cieux Un endroit plus chic et moins vieux
Comme on en rêve 1
La brise apporte de l'étang Un relent pimenté d'Ylang,
D'eau de Cologne; Et sans consulter l'écriteau, On s'aperçoit que l'on est au
Bois de Boulogne.
Là, le poète buissonnier Vient contempler le cantonnier
Au matin rose ; Quand ce paisible et froid dompteur Dressant son boyau constricteur,
Au loin arrose.
Les gazons las d'être foulés Relèvent leurs dards effilés
Pleins de rosée ; Sur les joncs glissent des vapeurs Pareilles aux lents promeneurs
D'un Elysée.
Disséminés comme des fleurs, Des papiers gras de cent couleurs
Trompent l'abeille.
On peut compter sous les buissons Les jambonneaux, les saucissons
Mangés la veille.
Attiré par le gazouillis.
Vous pénétrez dans les taillis
Pavés de fraises.
Les petits fruits au ton vermeil Semblent semés par le soleil
Comme des braises.
On s'attend à chaque détour A déranger dans son séjour
Sylvain ou Faune.
Entre les chênes brusquement Pisparaît le profil charmant
D'une amazone.
ig2 ANTHOLOGIE DES POÈTES DE MONTMARTRE
C'est le moment de s'installer A l'ombre pour voir défiler
La cavalcade.
Le COU tendu sur le garrot Les gentlemen s'en vont au trot A la cascade
Les cavaliers, les phaëtons Sont si nombreux que les piétons
Font triste mine ; Des affamés et les jaloux S'en vont en massacrant des houx.
De leur badine.
Déjà la poussière a terni.
L'herbe et fait de Longchamps jauni
Une Sologne.
De son nuage descendu, A pied, le poète sort du
Bois de Boulogne.
La musique se trouve chez Hengel et C*«, éditeurs, 2 bis, rue Vivienne, Paris.
Bertrand Millanvoye, poète, romancier et auteur dramatique, né à Paris, le 3o avril 1848. A collaboré à nombre de grands journaux politiques et littéraires. Pendant la guerre russo-turque de 1877, ^^^ envoyé par le National en Arménie comme correspondant militaire et suivit l'armée de Mouktar Pacha. A son retour, entra à La Lanterne comme administrateur et y publia des chroniques et des échos jusqu'en 1882. A écrit des romans et des nouvelles et s'est fait applaudir comme auteur dramatique sur les principales scènes de Paris. A dirigé de iSgS à 1900 le théâtre du Carillon (rue de la Tour d'Auvergne) où furent représentées pour la première fois quelques pièces célèbres de G. Courteline, le Client sérieux entre autres.
BIBLIOGRAPHIE
Les Coquines, roman (Stock). La Belle Espionne {S\.oc)l). Le Petit Bossu (Dentu). La Chanteuse des rues (xix* siècle). La Vierge du Sérail, (Lanterne). Madame Rasta (Fin de siècle).
Le Dîner de Pierrot, un acte, en vers. (Odéon et Comédie- Française. Le docteur Mirimus, un acte en vers (Odéon). Le Portrait^ un acte en vers. (Grand Guignol) ces deux pièces avec
Lucien Cressonnois. Régine, quatre actes, en prose avec Georges Richard et Alfred Etiévant (Déjazet). Le Dîner de Pierrot, opéra-comique, musique de Ch. Hess (Opdra-Comique). Les Ruses de Truff'aldin,un acxc.&vec X. Etiévant, musique de Paul Cressonnois (Cercle funambulesque). Le Clavecin, un acte avec P. Eudel. La Double épreuve, avec le même. (Th. du Parc à Bruxelles). L'Etoile, cinq actes avec E. Cadol et Etiévant. Dada, un acte avec Tarride. En Cage, un acte en vers (Carillon) Les arbres du bois de Boulogne, un acte. La Belle Ethéro un acte (Carillon). Le mois de Mai, un acte en vers (Th. franc, de Berlin iSGgt et plusieurs pantomimes avec Paul Eudel, VOrage^ Nuit blanche, M. Ruy-Blas, le Trottin, Lucette.
Pour paraître prochainement un volume de poésies : A cœur perdu.
A dans ses cartons Parthénie, drame en cinq actes, en vers, as-ec Hugues Delorme. Aupays blanc, deux actes, trois tableaux, en vers avec Louis Leloir.
BERTRAND MILLANVOyE Î^Î